II – Ne jamais remettre à deux nains ce qu’on veut faire le jour même

Publié: 27 novembre 2006 dans Caldeus Kreen (Finalisé)

Rappelez-vous… Traçant les sillons de sa destinée, Caldeus Kreen s’enrôle dans l’armée du roy Neopren IV. Enfin, de roy il n’avait que le titre. C’était un roitelet, un roi de poche, maître d’un royaume s’étendant de cet arbre à cet autre, et ceci sur les huit angles que formaient la contrée de PetitPavé. Ce roy donc (appelons-le ainsi pour ne le point vexer), avait une fille et un fils

Gwendolina était une belle princesse, du genre belle et sotte aux cheveux couleur de blé, fort courtisée donc. Lors du penchage de fées organisé au baptême, Algorithma, la fée de l’intelligence, n’avait pu venir, et avait envoyé Loana à sa place. De ce courtisinage effréné, il découla qu’on l’enferma dans la plus haute Tour du château (enfin, château, à la mesure du royaume, un castelet, une masure efflanquée de deux pigeonniers) ; c’était la princesse cloîtrée.

Mironton, par contre, était un prince du genre qu’on sort. Sa tête de fouine, sa manière de se déplacer sans bouger les jambes (enfin, comme de si), ses manières obséquieuses, son teint jaunâtre le rendaient désagréable. Là étaient ses qualités. La reine (enfin, une rainette, grenouille de bénitier) l’avait renié (et lui avait préféré un grand gars dégingandé les bras grands ouverts et des yeux de chiens battus, du signe du poisson5). Son père, malgré sa réticence, lui gardait un semblant d’affection, étant le seul mâle (un mâle nécessaire, donc).

Et le Roy de se lamenter. Sa fille courtisée pour ses charmes et non pour son royaume et son fils qui jamais ne trouverait chausse à son pied, comment assurer sa descendance et la survie de son royaume, qui, tout petit qu’il était, était le point de jonction de toutes les routes commerciales menant de Norvallon à Sendubri, la contrée hobbit de Malassi, et même à la sombre Razh Al Khalum, que l’on éternuait plus qu’on ne prononçait6.

C’est pourquoi il avait à sa solde une des armées les plus imposantes de tous les royaumes réunis, troupe hétéroclite composée de volontaires, tous étrangers au royaume. Nains, demi-trolls, demi-elfes7, grandes Gens, hobbits. Les habitants, afin de ne pas donner leur progéniture en chair à arbalète, préféraient payer de lourds tributs.

Lorsque Caldeus se présenta au bureau de recrutement, ses tatouages firent sensation.
Ses rudiments de langue occidentale ne lui suffisaient pas pour exprimer sa volonté de suivre le sillage de feu de sa destinée. On l’amena donc au capitaine Khaz, nain de son état. Pour des raisons évidentes de compréhension de la suite du récit, les propos ont été traduits en bas occidental.

– Oh là compagnon à la barbe en trident, je suis le capitaine Kami Khaz de Khaz Kamak Lamondri8. Qui es-tu donc, paré comme tu l’es de mille signes étranges ?9

– Par Throrin et Tufulkan, je suis Caldeus Kreen, de Khaz Kamak, et je veux suivre les sillons enflammés tracés par la hache du grand Tapathor.

– C’est vingt pièces de bronze par jour.

– OK.

C’est ainsi que Caldeus s’enrôla dans la fière armée de Petitpavé. Dans le quartier réservé aux nains de réserve, Caldeus s’imposa rapidement comme un lu-nain-tique, avec sa barbe tressée de trois nattes, et ses spirales dessinées de partout sur le corps.

Malgré cela, quelques audacieux lui adressaient la parole avec un effroi mêlé d’émerveillement, s’attendant à ce qu’il raconte mille exploits. Mais il n’avait pas plus de quatre-vingt treize ans10, la vie devant lui, et n’étaient-ce ses huit ans de galère, il n’avait combattu ni loutre, ni vouivre, n’avait pas occis de princesse ou sauvé de dragon (Mais, se promettait-il, ça venirait. Oui, ça venirait). Il restait donc seul avec son silence et son mystère.

Un soir, Kami Khaz l’approcha et lui demanda s’il fumait.

– N’aurais-tu, Caldeus aux dessins biscornus, ramené de nos terres éloignées quelque tabac, de ce tabac qui pousse comme chardon entre deux roches sulfurées et que nous fumions, finalement, après une rude journée à la mine ?

– Non.

– Ah.

Cette discussion à bâtons rompus entre les deux soldats, le vétéran et le novice, le sage et le fou pourrait-on dire, (voire le loup et l’agneau, mais là on s’égare), cette discussion donc, éclairée par le feu mourant, cet échange de paroles inopiné, lia ortement les deux hommes (ou, plutôt, les deux nains). Car chacun sait que les hommes n’ont pas besoin de parler pour se comprendre.

Caldeus sentit en Kami le père qu’il n’avait pas eu. Kami sentit – ou plutôt subit – la puissante odeur musquée de son compagnon.

– Ô toi, compagnon à la barbe et à l’odeur de bouc, quel vent t’as donc poussé dans les bras de la mère armée ? s’enquit Kami.

– Hein ? Ah oui. Ben je me suis dit que je devais suivre les sillons enflammés de ma destinée, tout ça, alors autant commencer quelque part.

– Fort bien, gentil mais odorant camarade, mais à quelle flamme souhaites-tu te rôtir ?

– Par le sang de Throrin ! Tu es bien un bavard et bien audacieux capitaine. Sache que ma vie n’est qu’une course et que j’espère la gagner.

– Pas faux.

Bref, tout cela sentait bon la franche et saine camaraderie (sans alcool ni tabac !)

Et ça tombait bien, car le lendemain une mission les amena à s’épauler l’un l’autre.

Mais ceci est une autre histoire…

5 Puisque N’a z’arètes (ah ah)
6 En terme de prononciation, le kh khazalide se prononce en faisant claquer la langue sur le palais, son symbolique en l’honneur de Throfax, le Dieu forgeron nain. Ce son rappelle le bruit du marteau sur l’enclume. Une discussion de nain est éprouvante. Le kh des rhazoirs (habitants de Rhaz Al Khalum) se prononce en crachant par terre, en l’honneur de Kam El Troffi, le dieu chameau. Le zh aussi, de même que le rh.
7 Les Elfes "purs" ne se mêlent que rarement aux autres populations, sauf aux vernissages ou aux avant-premières. Les Trolls purs" bouffent tout ce qui bouge – c’est pourquoi la génétique a voulu que les demi-trolls soient orphelins de père. Père qui a été violé, puis dévoré. On trouve des trolls-elfes (lorsque certains trolls s’aventuraient dans la forêt de Nissanpah, naissaient alors des Nissanpah trolls), des trolls-nains (de fidèles Khaz-trolls), des trolls-hobbits, et même des trolls-grandes gens, et c’est trollement bien.
8 Rappel : Khaz = montagne, Kamak = village, Lamondri = fleuve. Donc le village près de la montagne et du fleuve.
9 En khazalide : " Vo Trebrek, Kami Khaz ad Khaz Kamak Lamondri, skrip pakor ? "
10 La fameuse crise de la centaine chez les nains correspond au moment où les mâles décident de tenter le saut à l’élastique ou draguent des jeunettes de soixante ans.

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