IV – Le Temple aux mots dits

Publié: 29 novembre 2006 dans Caldeus Kreen (Finalisé)

– Oyez damoiselles et dames-oiseaux la chanson de geste du grand héros que fut Mironton, un grand homme s’il en fut-on.

– Combien de nuits fertiles, de soleils poudroyants, de chamelles tranquilles et de prince charmants virent ce preux chevalier à travers monts et vallées quérir moult trésor19

– Fou, dit Mironton, tu me fatigues. Jette-toi dans les douves pour mon bon amusement.

– Assurément, renchérit le fou20, ne trouvâtes-vous point que je manque douve-erture ?

Un silence pachydermique s’installa pesamment, ce qui fit double poids. Un chien au loin aboya.

– Bon, ben j’y vais alors…

C’est à ce moment précis que Michel Galabru21 surgit. Dépenaillé, le souffle coupé de sa course effrénée, la figure rougeaude et luisante, il genou-posa devant le prince.

– Votre mff majestmfffé, noumff sommes partis patrmfffouiller à la rechemfffrche de euh euh euh en mission secrmffête (pfiou !) avec le capitmfffaine Khaz et le caporal Kreen et avonffff été attaqués par une armée d’ogres. J’ai réummmfssi courageusement à m’enfuir pour vous en avertir…

– Une mission secrète ?!22 Et je ne suis pas au courant ? De quelle mission s’agit-il ?

– Eh bien, comment dire, c’est un peu délicat, voyez-vous, comment dire, c’est à dire que, voyons, cette mission est, disons, secrète voyez-vous ?

– Suffit soldat ! Aucun secret ne résiste à la Vierge de Nu-Rambert23 !

– Ah, c’est sûr, dit comme ça ! Bien, mon prince, voyez-vous, votre sœur la princesse Gwendolina – une femme charmante – est partie se promener loin du château avec les mains attachées dans le dos sur un cheval d’origine inconnue, alors le capitaine s’est dit qu’il serait plus sage de l’escorter de loin pour ne pas être repéré… Sire, mon bon Sire, oserais-je implorer votre clémente bienveillance ?

– Sûr, soldat, tu évites la Vierge. Qu’on l’emmure vivant !24

– Le fou ne put s’empêcher d’intervenir :

– Sire, l’emmurer vivant ? C’est cruel !

– Qu’ouïe-je, qu’entends-je, qu’esgourdé-je, fou ? S’empourpra le prince.

– Non, je disais ce mur aurait besoin d’un bon coup de truelle…

Les yeux embués de tant de compassion, le soldat Galabru ne put s’empêcher d’ajouter :

– Je n’ai pas le choix d’une mort plus brave ? Autant dire que vous me mettez au pied du mur (justement)

Le fou, dans son emportement, signifia :

– L’emmurer, majesté, avec son embonpoint ?

– Et bien au bout de dix on lui donnera une image ! Cessez de me tracasser avec des détails techniques ! Qu’on l’emmure et qu’on n’en parle plus ! Hugh, j’ai dit !

– Oui, majesté ?25

– Emmenez-le au cachot en attendant son emprisonnement26.

Laissons-là le prince à ses amusements et tournons notre regard vers cette sombre forêt séparant Norvallon de PetitPavé. Une fine bruine fait écho aux pas des chevaux de Caldeus et Kami, elle semble jouer un rythme frénétique sur le feuillage dru, du genre épileptique. Les deux nains, silencieux, traversaient aux aguets le vert labyrinthe.

Soudain, au lointain, leur parvint le bruit de sabots qui se rapprochaient. Ces sabots portaient une de ces équines créatures, elle-même surmontée d’un homme vêtu – on ne pouvait décemment dire qu’il était habillé – d’un oripal sacerdotal – ou d’oripeaux sacerdotaux ? La bruine empêchait les deux soldats de distinguer clairement leur opposant. Celui-ci s’arrêté devant eux. Une capuche brodée masquait ses traits. Sur le tissu de sa robe étaient tracés des signes cabalistiques du genre mystique, occulte et obscur.

– Gente soldatesque, venez-vous du château du Prin… Roy Neopren ?

– Oui-Da, mon père. Rétorqua Kami, sur la défensive.

– Oh oh, pas de chichi entre nous, appelez-moi papa !

– N’êtes-vous point un de ces moines comiques du Temple de Rajh Grathiss ?

– Si fait, mon brave ! D’ailleurs, vous connaissez celle de Pierre et Raymond ? " Raymond et Pierre commandèrent une bière… Pierre et Raymond burent ! "

– Oh, vous savez, moi, la religion… répondit poliment Kami.

– Oui, on sait, les soldats préfèrent la religion étrangère !

– Que se passe-t-il mon père vous avez été promu évêque ?

– Oh non, il fait le pont, l’évêque !27

– Hum, le coupa le capitaine, oui, nous venons du château du Roy Neopren ! N’avez point croisé un cheval sous un homme portant une femme sur son séant ?

– Méfiez-vous des chevaux, c’est tous des ongulés ! Mais puisque vous m’en parlez, cet homme s’est réfugié dans notre temple et nous nous devons de lui offrir asile28. Il m’a chargé de porter missive au castel. Je l’ai averti que je n’avais pas le sens de l’orientation, alors il m’a dessiné un plan au dos. C’est une missive guidée. Mais, vous, braves soldats, vous m’obligeriez en la portant à ma place, je vais rater soirines29.

– Caldeus, abasourdi par un tel verbe, ne put s’empêcher d’intervenir.

– Vous obliger à quoi ?

– Soit, nous la porterons pour vous. Mais que cet individu sache que son crime ne restera pas impuni ! Venez, soldat Kreen, retournons au château !

Le moine, satisfait, s’empressa de rebrousser chemin, ressassant entre ses dents les derniers préceptes du Livre de Belphémoth30 : " Si point ne rit l’infidèle, que tes paroles soient hydromel, car rien ne vaut le païen beurré. "

Au trot accéléré s’éloigna le moine. Lorsque le claquement des sabots dans la terre humide ne fut plus qu’un souvenir, Kami ouvrit la missive – qui disait ceci :

" La princesse Gwendolina est retenue prisonnière (c’est une geôlie môme !). A combien estimez-vous sa personne ? Livrez-nous la somme de septante houit mil pilastres ou vous recevrez une princesse en kilt kit.
Signé : Le rat-visseur. "

L’appel du destin résonna dans l’esprit de Caldeus.

– Mon pitaine, il faut qu’on sauve la princesse !

– Du calme, brave soldat. Nous devons nous tenir à distance respectable du messager, afin de ne point être repéré. Nous ne sommes qu’à quelques coudées du Temple. Attendons que la nuit tombe.

Et la nuit, conciliante, tomba.

Au bout de quelques minutes de trot discret, les deux nains parvinrent devant les portes d’airain du Temple de Rajh Grathiss.

Mais ceci est une autre histoire…

19 Si si, un moult.
20 L’un des principes de base de la Foualerie de Rajh Grathiss est de ne jamais contredire son maître, ce qui pourrait a) justifier une rupture de contrat (plutôt musclée, en général) b) laisser filer l’occasion d’un bon mot.
21 Je ne dirais pas ce qu’on m’a dit sur Galabru… j’en ris encore
22 Ah, si les mots pouvaient transcrire le jeu de sourcils du prince !
23 Son inventeur Rambert Wilson, avait collé à l’intérieur du coffret des images de lui nu. Horrible. Surtout de face. Le mot Vierge prenait tout son sens.
24 La diplomatie du prince Mironton tenait à deux principes : Si on évite la baffe que tu donnes à la joue droite, frappe la joue gauche. Ce qui expliquait la disparition des royaumes de Lu et de Beil (ceci pour placer les jeux de mots Prince de Lu et Sire de Beil)
25 Ah oui, Hugh était le bourreau. Hugh Déqueur. Encore un jeu de mots placé innocemment.
26 Au sens propre du terme : " Mettre DANS la prison, mur ouest entre deux moëllons. "
27 C’est toujours le problème avec les fanatiques, on ne sait pas comment s’en débarrasser. On leur ouvre la porte une fois, par politesse, et c’est tous les dimanches qu’on apprécie leur sermon…
28 de fou (c’est pas moi qui le dit)
29 C’est comme mâtines, avec des mouillettes.
30 Littéralement : " La chèvre qui pète "

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