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Publié: 30 novembre 2006 dans L'Antidote (Finalisé)

Malgré lui, il ne put réprimer un frisson.

Il s’était réveillé en hurlant, le visage couvert d’une sueur huileuse.

– Oncle Waltz ? Tu peux me lâcher s’il te plait ?

– Tu n’as pas pied mon petit, laisse-toi faire…

Il se leva, se faufila jusqu’à la cuisine et se découpa une tranche de pastèque – Un fruit qu’il appréciait par-dessus tout.
Cette grosse coque verte qui cachait une pulpe rouge et fraîche, une chair offerte… Il mordit un grand coup dans le fruit, laissant le jus dégouliner sur son torse, ce qui le fit frissonner.

Il se recoucha, le sourire aux lèvres. Désormais il savait quoi faire.

Le soleil était haut dans le ciel ce dimanche, et sa chaleur rendait déjà les oiseaux muets. Il s’était vêtu légèrement, d’un ensemble crème qui le rendait presque beau.

Il se dirigea vers l’église dans l’espoir de la revoir, dépassant sans les voir les trois vieillards assis sur leur banc. Il avait dans sa poche un fin lacet de soie rose pâle.

Il voulait qu’elle soit là. Il le voulait. Il la voulait.

– Petit con ! Tu m’as griffé !

– Je m’excuse oncle Waltz, j’ai eu peur !

– Je t’ai dit que ça ne te ferai pas mal ! Viens ici ! Allons, sois un grand garçon !

– Non ! Non ! Noooon !

Il retrouva avec bonheur la fraîcheur quasi-sépulcrale de l’église. Cette fraîcheur qui lui rappelait le lac… Non il ne devait plus penser au lac. Et pourtant… Le fond vaseux qui l’aspire, les herbes folles se faufilant entre ses jambes, l’eau si noire qu’il ne voyait pas les mains d’oncle Waltz qui… Non, il ne devait plus penser au lac.

Les bancs étaient déserts en ce dimanche après-midi, à part quelques ouailles et de pauvres hères en quête d’un répit face à la chaleur accablante du dehors. Ici les sons les plus ténus prenaient un écho troublant ; ses pas, bien que retenus, lui semblaient tonner comme le tambour des galériens. Implacable et sourd.

Il navigua ainsi jusqu’aux autels, frôlant du bout des doigts les idoles poussiéreuses. Son regard se posa sur le dieu innommable, dont le front constellé de rubis semblait juger d’une foi mauvaise quiconque passait près de la vasque sans déposer son tribut. Il ne put s’empêcher de jeter dans le bassin son mouchoir imbibé de sang mêlé à l’argile de sa sculpture.

Elle n’était pas là.

Déçu, il s’apprêtait à s’en retourner – et peut-être passer par le square pour cueillir une fleur ou deux, lorsque la lourde porte s’entrouvrit, projetant un rai de lumière éblouissant. Une ombre se profila dans ce jet de soleil.

Elle était là.

Il sourit.

Et démêla discrètement le lacet.

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