XIV – A droite en sortant

Publié: 10 décembre 2006 dans Caldeus Kreen (Finalisé)

Alors que l’huis se refermait implacablement sur eux, l’obscurité les enveloppa. Peu à peu, la lueur des torches alignées sur le mur leur permit de constater qu’il faisait sombre. Mais le peu qu’ils virent suffit à les ébranler89.

Les parois étaient mouchetées de tâches brunâtres. Un de leur prédécesseur avait succinctement tracé les prémices d’un plan – d’après ses annotations il était le dernier survivant d’un petit groupe.

– Sergent, nous devons garder notre sang froid. Rappelez-vous les mines, les enseignements des enguigneurs, les ours débusqués à l’improviste !

– Vous avez raison mon Khapitaine ! Nous sommes nains ! Nous vaincrons ! J’avoue cependant qu’il serait plus aisé d’utiliser un HTP90 et 91. Je me rappelle les paroles du sage de mon village, Khaffeine « Cent Kilos » : « Dans un perdurinthe toujours par la gauche sinon t’esquintes ».

Ainsi s’avancèrent-ils  le long du corridor jusqu’au premier piège – fermé mais où une tâche plus sombre laissait présager une fin horrible, atroce et passablement douloureuse (voire pour le moins mortelle, à très court terme). Devant le premier embranchement, Caldeus eut un hoquet de surprise.

– Khapitaine ! Il n’y a pas de couloir sur la gauche ! Nous sommes perdus !

– Du calme mon soldat ! Le plan indiquait l’embranchement de droite. Il faudra par contre prendre la prochaine à gauche.

Un grognement à donner le frisson le leur donna (le frisson).

– Je… Je crois que ça se rapproche !

– Méfions-nous ! Ce dédale peut nous tromper sur les réelles distances qui nous séparerait de ce…

Une fois arrivés dans le dernier couloir indiqué par le plan, ils redoublèrent de prudence. Utilisant au mieux leurs expériences de mineurs et de soldats aguerris, ils scrutaient les murs, le sol, le moindre interstice suspect, progressant pas à pas. A un moment donné92, Kami s’appuya malencontreusement contre une brique qui cliqueta avant de s’enfoncer dans le mur. Tout un tas d’engrenages s’activèrent alors, provoquant un concert tonitruant de “ clic ! ” et de “ clac ! ” avant qu’un “ roule-roule ” de plus en plus présent ne leur assaille les tympans.

– Contre le mur soldat ! Tout de suite !

A peine eurent-ils le temps de se plaquer le long de la paroi, rentrant le ventre autant que faire se peut qu’un énorme rocher couvert de pointes leur passa à ça. Une pointe raya même le casque de Caldeus.

Ils entendirent soudain un “ Nooooon ! ” suivi d’un “ Aaargh ” à faire pâlir un spectre. S’avançant vers l’origine du cri, ils découvrirent, étalé de tout son long un homme d’une grandeur hors du commun (surtout pour un nain). Il était affublé d’un masque de rongeur, dont les yeux avaient été peints en rouge, ainsi que la bouche – mais était-ce bien de la peinture ?

La créature avait été renversée et quelque peu aplatie par le rocher qui lui était passé sur le corps – corps heureusement couvert de plaques de métal rouillé, mais suffisamment solide pour avoir évité les morsures des pointes acérées au monstre.

Pris de pitié, les nains l’aidèrent à se relever. La créature s’adossa au mur, ôta son masque et son regard emprunt de sympathie acheva de rassurer les soldats. Il semblait bien plus inoffensif dans cet état.

– Merci ! Merci étrangers ! Votre sollicitude me touche…

Caldeus souffla à Kami :

– Khapitaine… il a été sérieusement amoché quand même !

– Taisez-vous soldat ! J’ai l’impression que cela est son vrai visage… Ce qui expliquerait le masque dont il était affublé… Mais qui êtes-vous donc, vous qui hantez le perdurinthe et dévorez les étrangers ?

– Oh non ! Ce n’est pas moi qui les dévore ! Ceux qui survivent aux pièges s’entretuent alors que la faim les tenaille… Moi je suis végétarien !Mais je me présente : Chabroh, fils de Diovignos et Rouge.

– Par Tapathor ! Vous êtes Chabroh, le demi-dieu ?!93

Chabroh se redressa tant bien que mal, et dans un élan de fierté dit :

– Oui, je suis un demi-Dieu et mes pouvoirs sont grands !

Mais ceci est une autre histoire…

89  Et ébranler un nain, il faut le vouloir. Ils n’ont peur que d’une chose, c’est que le ciel tombe sur la tête des gaulois, car comme ils disent, “ on est juste après ”.
90  HTP ou Hobbit Trouve-Piège. La Ligue pour l’Egalité des Races fondée l’année du veau à trois têtes par un représentant de chaque race répertoriée à l’époque et réunies sur-le-champ de bataille de la Grande Guerre des Terres Psychotropes (désormais inhabitées, sauf par quelques ermites avides d’hallucinations), n’avait connu qu’un succès d’estime. Leur slogan “ ce n’est pas la taille qui compte ” avait été contrecarrée par la devise naine “ quand on fait moins d’un mètre, on s’écrase ” et la devise des géants des montagne : “ grüth ”. Le bureau ouvert à Petitpavé de mâtines à huitantes six jours sur sept est actuellement occupé par le demi-elfe / demi-orque (un bête accident contraceptif) Jauni Alidaï.
91  Le HTP, donc, est un employé embauché en toute légalité et utilisé dans les mines pour la détection des pièges des hommes-ours, les risques d’éboulement ou la pose des bâtons badaboum. Le problème lorsqu’on vient de sa cambrousse et de ses collines verdoyantes, habitué que l’on est à s’égayer au milieu du gai pépiement des oiseaux et à caresser les biches de passage, loin du contact rugueux du poing de l’urbanisme médiéval, c’est que l’on ignore la prudence (et la bière de l’Auberge de la tête de Troll). La joyeuse troupe de comédiens dont les boyaux ornent la façade du grand théatre khazalide de Khaz Kamak avait joué la pièce moderne “ Blanche comme la neige et les sept nains ”, rapidement renommée “ Blanche comme la neige et les sept hobbits totalement inconscients d’accueillir une donzelle aussi aguicheuse ”.
92  J’y étais pas, mais on m’a raconté.
93  Quelques explications mythologiques s’imposent. Diovignos, dieu du vin, de la bière et de tout ce qui se boit et provoque hallucinations, gueule de bois et aigreurs d’estomac en général, époux de Milhézym, déesse du rouleau à pâtisserie, coureur de jupons fini avait fauté avec Piquette, tenancière de l’auberge de la Tête de Troll. Il lui avait tenu des propos salaces qui ont fait que Piquette devint Rouge. Il en tomba amoureux (car Diovignos ne fait confiance qu’à la belle Rouge). De cette union naquit donc Chabroh.
Lorsque Milhézym eut vent de cette infidélité, elle lui tonna “ Ma vendeange sera tardive (mais terrible) ”. Lors du baptème, le vin de messe ayant tourné, Chabroh se retrouva figé dans une grimace de dégoût. Son père le répudia et le fit enfermé avec la complicité du roi Marhoil dans le perdurinthe, affublé d’un masque de rongeur, le plus approprié par rapport à son faciès – car il est bien connu que le masque à rat cache les défauts du visage. Ainsi Chabroh devint le Rat-Garou de Sendubri, légende locale destinée à effrayer les enfants et les étrangers avide de découvrir les trésors du perdurynthe.
A noter aussi que Diovignos a un frère du nom de Sep’h, dont le symbole est le serpent de vignes (un serpent rouge que l’on retrouve allongé au pied des vignes (que l’on nomme par dévotion cep de vigne), signe de prospérité et que les vignerons piétinent allègrement pour donner à leur vin ce goût inimitable – et passablement infect, que seule une absorption massive dudit vin peut faire oublier)
En fait, le perdurynthe était à l’origine destiné à être le palais du roi Marhoil. Le souci est que l’architecte et son fils Débale et Icarton avaient une très mauvaise mémoire et ne se souvenaient jamais où ils en étaient de la construction des murs. Au fur et à mesure qu’ils montaient les murs, ils se perdirent eux-mêmes dans le désormais perdurynthe. Une légende raconte qu’ils sont encore en train d’errer à la recherche d’une porte, et que les plaintes qui hantent les plaines de Sendubri sont ceux de Débale et Icarton.

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