– 11 –

Publié: 26 mars 2007 dans L'Antidote (Finalisé)

Dans la moiteur de l’appartement, les seuls bruits troublant le silence étaient le ronflement du moteur du réfrigérateur et le sinistre couinement des pales du ventilateur au plafond. En manche de chemise, assis à côté du lit, il tendait une cuiller emplie de gaspacho à la jeune femme. Il avait desserré les liens, afin de lui laisser le loisir de se délasser quelque peu ; sa combativité s’était éteinte au septième jour de la septième semaine. Elle avait finalement senti l’inéluctabilité de son sort. Elle restait cependant troublée par les attentions de son ravisseur ; il ne montrait aucun signe de violence envers elle, physique ou sexuelle. Il lui apportait ses trois repas par jour, la laissait se doucher tous les matins, lui avait même apporté la télévision dans la chambre aux volets clos.

Et ce septième jour de la septième semaine, il avait ouvert les volets, inondant la pièce de lumière vive, et referma la porte derrière lui, la laissant seule. Elle savait qu’elle ne pourrait s’échapper par la fenêtre ; elle pouvait crier pour que l’on vienne à son secours, mais à quel prix ?

Elle avait alors regardé au-dehors. Un grand cercle d’herbe jaunâtre parsemée ça et là de quelques touffes encore vertes ; tout autour, elle reconnut les barres d’immeubles du quartier " Cité Neuve ". En contrebas, elle aperçut trois vieillards assis sur un banc. Ils regardaient dans sa direction. Elle s’apprêtait à faire de grands signes des bras quand, dans un cri ravalé, elle s’aperçut qu’ils n’avait pas d’ombre.

Elle rentra alors précipitamment, prise de tremblements de panique. Elle se jeta sur le lit, paupières fermement closes, derrière lesquelles elle voyait défiler de longilignes silhouettes, qui, dans une sarabande démoniaque, l’invitaient à une dernière danse.

Il entra alors, après avoir timidement frappé à la porte, et de sa voix douce lui proposa une citronnade. Alors qu’il posait sa main fraîche sur son front, elle sentit comme un apaisement l’envahir. Elle sut alors que tant qu’elle resterait près de lui, elle n’aurait rien à craindre.

Après lui avoir apporté le verre de citron pressé qu’il avait préparé avec amour, et attendu qu’elle s’endorme, épuisée et effrayée, il retourna à la cuisine, souriant à demi. Puis il rangea sa poudre de psilocybes. Il n’en aurait plus besoin désormais.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s