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Publié: 7 août 2007 dans L'Antidote (Finalisé)

Elle l’aimait. C’était certain désormais. La fée lui appartenait. Elle lui avait parlé, enfin, elle lui avait parlé de ses pulsions, de ses égarements. Elle l’avait surpris alors qu’il trempait des sucres d’orge dans une bouteille estampillée d’une étiquette à tête de mort. Elle n’avait pas paru horrifiée, oh non, mais compréhensive, presque contemplative de l’œuvre. Il l’avait accueillie, oh oui, dans son antre, là où il sculptait ces visages qui le hantait, lui avait montré la fée telle qu’il l’avait sculptée, mais lui avait cachée les créatures nées de la glaise et qu’il cachait, effrayé lui même des masques grimaçants de ces monstres. Il soupçonnait un empoisonnement de l’air qui lui polluait les neurones, peu à peu, et peu à peu le corrompait. Mais heureusement, elle était là, sa fée. Ils s’offraient l’un à l’autre, et passaient de longues heures à contempler leurs corps nus ; il lui apprit à faire parler l’argile, et elle fut la première surprise en extrayant de la boue humide un visage torturé. " Mon père ", dit-elle. Puis elle le broya de son poing fermé, des larmes coulant le long de ses joues rougies par l’émotion.

Il lui avait parlé, alors, de sa moisson, de sa mission, de sa quête enfin achevée. Il l’avait trouvée, elle, et elle le sauverait. Et elle l’accompagnerait.

Sa dernière récolte remontait à quelques semaines déjà. Il était sorti avec ses lacets et avait arpenté la nuit durant les bas faubourgs, à la recherche de quelque noctambule errant qui souhaiterait parcourir un bout de chemin avec lui, le temps de… Et pour la première fois, alors que le souffle azuré de la vie quittait le corps secoué de spasmes de sa victime, il se surprit à trembler lui-même, et entendit cette voix, la voix de la fée. " Pourquoi ? " lui demandait-elle. " Pourquoi continuer ? ". Oui, pourquoi ? N’était-il pas comblé ? N’avait-il pas ses réponses ? Mais Oncle Waltz… Oncle Waltz avait hurlé, dans sa tête, si fort qu’il avait l’impression de sentir ses yeux exploser. " Et que feras-tu ? Que seras-tu ? Ne dis pas de sottises ! Tel est ton but ! Ou tu couleras, dans le lac, encore et encore ! "

Il était rentré chez lui précipitamment, le souffle court, et l’avait surpris alors qu’elle dormait, allongée sur le canapé. Il vit ses mains se tendre vers son cou si pâle, et dut serrer les poings à se planter les ongles dans les paumes pour ne pas la marquer. A tout jamais. Elle avait alors ouvert les paupières, et lui avait souri. Et il avait sombré.

Encore.

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