18

Publié: 2 juin 2008 dans Amor Fidelis (Finalisée)

Après le crash de l’avion et le sauvetage des rescapés, chacun mène sa petite vie dans le dispensaire de San Miguel de la Havane. Olivia a accouché, merci pour elle. Mais l’idylle née sur cette île déserte semble menacée…


L’enfant naquit à la septième heure du soir. La lumière déclinante du jour auréolait son visage ensanglanté ; son cri sonna aux oreilles exténuées d’Olivia comme une délivrance, le glas triomphant de cette union miraculeuse mais, elle en était consciente, déjà aux bords de l’abîme. Lans, dans leurs rares moments d’intimité, l’avait conduit dans la roseraie ; et là, assis tous les deux sous l’écrasante multitude odoriférante, dans ce déluge de pourpres et carmins, il lui avait pris la main, et lui avait annoncé son départ prochain. D’une voix étranglée, il disait devoir partir, sans l’expliquer, proposant d’emmener la petite Evanescence avec lui, parcourir le monde et lui faire découvrir les richesses cachées, les peuplades où les mots hospitalité, pardon et renouveau signifiaient quelque chose. Il projetait de partir pour les steppes mongoles, la pampa bolivienne, le bush australien. Lorsqu’elle accoucha, il était là, auprès d’elle, les larmes aux yeux. Il murmura le nom de son fils à plusieurs reprises, comme une incantation. Adam, fils de Lans Henriksson et d’Olivia Ortega, aux yeux azur et à la peau hâlée déjà.

Lorsque Bahrent débarqua au dispensaire, Olivia crut défaillir. Cela faisait presque trois mois qu’ils étaient hébergés dans ce havre, et si la plupart avaient rejoint leur famille, certains, sans attache, avaient préféré rester et continuer à offrir leurs services en échange de l’hospitalité des autochtones. Quelques-uns avaient trouvé à loger chez l’habitant, non loin, et peu à peu se créaient ainsi un nouvel environnement, une nouvelle famille. Un ancien comptable d’une société d’import-export s’était penché sur les comptes du dispensaire et les avait aidés à faire fructifier leurs biens, permettant de substantielles acquisitions et réparations : électricité, plomberie, menuiserie.

Lans, quant à lui, résigné à larguer les amarres tôt ou tard, ne parvenait cependant à partir et laisser derrière lui la femme qu’il aimait – et son enfant. Le sombre présage néanmoins planait toujours au-dessus de lui. Il était le suivant : un corbeau dépeçant un chat crevé dans une ruelle obscure. Et dans l’œil du charognard, un poignard étincelant.

Ainsi, lorsqu’il vit l’imposante carrure de Bahrent à contre-jour dans le patio du dispensaire, sa chevelure de nuit dénouée flottant librement sur ses épaules, comme une déferlante goudronneuse, et cette balafre qui lui barrait la joue, comme une ligne écrite en rouge dans le livre de sa tumultueuse vie. Et lorsqu’il le vit se précipiter vers la frêle silhouette d’Olivia alors que lui-même allait la rejoindre, il retint ses pas, et attendit. Il compris alors que la parenthèse se refermait inexorablement. Et rejoignit sa cellule, alors qu’une frêle goutte salée dévalait les sillons de sa joue.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s