XXXVII – Les bons maux

Publié: 6 juin 2008 dans Caldeus Kreen (Finalisé)

Le retour s’opère doucement alors que l’aventure touche à sa fin… Les adieux sont longs, comme dans ce film de Peter Jackson où il y a un grand singe et… Ah non, je confonds. 


Après avoir remplis trois baquets à ras bord d’eau tirée du puits, ils se rafraîchirent et ce bain bienfaisant les ragaillardit (ah ? vous avez remarqué aussi ? Trois baquets pour quatre héros et une princesse ? Et bien, vous l’aurez sans doute deviné – ou en tous cas de vil nez – les soldats nains estimaient que le bain du solstice suffisait amplement et que ce n’était pas trois grains de poussière et deux tâches de sang – qui n’était pas le leur, en outre – qui allait les rendre repoussant aux yeux de la société ; et l’odeur musquée qu’ils dégageaient faisait partie de leur caractère, affirmaient-ils. Toujours est-il que la princesse ne semblait nullement gênée par les effluves de Kami, puisqu’elle ne cessait de lui triturer la barbe, ce qui, convenons-en, devenait gênant en public ).133

Ils descendirent alors de la Tour pour rejoindre la cour du Temple de Sihym, où les moines effarés suivirent du regard ce curieux ménage : un nain hirsute et rageur (qui marmonnait sans cesse qu’il aurait pu ramener quelques sacs supplémentaires), une princesse portant dans ses bras un autre nain poussiéreux et écarlate, un géant avançant d’un pas fier mais dont le visage rappelait celui d’un adolescent confronté à une acnée pestiférante, mais dont l’aura emplissait toute la cour ; et enfin un géant étrangement proportionné, à la teinte verdâtre (ce qui effraya les moines de prime abord, pensant se trouver face à un demi-troll) et aux yeux étrangement globuleux, portant sur son épaule le mage noir saucissonné qu’ils avaient hébergés dans la tour maudite.

Ils parvinrent devant le bureau du Grand Bézuh, où ils toquèrent tant et si bien que la porte chut. Un gémissement leur parvint alors et ils virent qui dépassait de sous la lourde festonnée un chapeau à clochettes encore fébrile. Le grand Bézuh était hilare et entre deux éclats de rire il parvint à dire « Nous vous accueillons avec grand plaisir ! ». S’extirpa alors de sous le battant un fou dépenaillé et passablement aplati ; il souleva son chapeau devant la princesse et parti en zigzaguant vers le quartier du dormoir.

– Mes saigneurs ! Que puis-je pour vous ? Une petite devinette ? Une blague salace pour la dame ? Que diriez-vous d’un calembour : « Mieux vaut un contrepet qu’un vent de face ! »

– Merci Grand Bézuh, mais nous aurions besoin d’un attelage pour rejoindre PetitPavé au plus tôt.

Là, l’ordonnateur du culte du rire pencha la tête de côté, l’air pensif, puis la secoua négativement.

– Non, ce n’est pas une contrepèterie. Pardon, vous voulez une carriole ? Le frère Gadelle Mallé vous accompagnera jusqu’aux portes de la cité.

Mais ceci est une autre histoire…

133 Je tiens à ouvrir ici une parenthèse sur l’érotisme lié à la pilosité chez les peuplades khazalides. Les éminents ethnologques C.Pamoi et C.Lézotre ont écrit dans leur essai " A poil ! " que la sexualité tardive chez les nains venait autant du fait que mâles comme femelles étaient dotés d’une pilosité exacerbée – ce qui provoquait moultes situations équivoques dans les boîtes de nuit – que du peu d’intérêt qu’ils y voyaient, sauf pour la procréation de successeurs dans la gestion de la mine. Pour en revenir au poil, la barbe donc, en tant qu’apparat du visage, masque les émotions et le genre, donc l’identité intime et secrête de l’être qui la porte (la barbe). On comprend tout à fait que le Capitaine Khaz ne soit que peu habitué aux mœurs des grandes gens et que l’anatomie de la princesse Gwendolina le laisse perplexe. Mais, le bon Œdipe se rappelant à nous, il voyait dans les formes généreuses de la princesse les montagnes de son enfance, le plateau du Grand Plat où il courait dans sa prime jeunesse, des fontes de seize kilos attachés aux pieds (ah, futiles printemps…), et la caverne où il avait passé la plus grande partie de son adolescence à arracher au sol rocailleux le précieux métal aurifère… Mais dans l’intérêt du lecteur qui ne souhaite aller plus avant dans le graveleux (d’aucuns diraient le gravier-leu, ah ah ah le bon mot), la parenthèse se referme ici.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s