Domaine : nuées ardentes

Publié: 9 juin 2008 dans Domaine (Finalisé)

La lala… lalala lala… J’aime sentir le pavé nu et humide sous mes pieds, goûter à cette fraîcheur qui s’insinue entre mes orteils, et de ci de là la rugosité d’une feuille morte, le chatouillis provoqué par des brins d’herbe récalcitrants à la mort bitumée ; et courir après une feuille de journal soulevée par le vent ! Traverser les flaques de lumière des réverbères ! Oh, je sais bien ce qu’ils pensent tous : " elle est folle " disent-ils. " elle est folle à courir en chemise de nuit par ce froid de canard, à chantonner et à sourire aux nuages ". Folle ? Non. Consciente ! Oui, consciente, lucide, attentive aux choses de ce monde – et de l’autre. Même maintenant, même en cet instant, alors qu’il y a… je ne sais pas comment le décrire, c’est une somme de sensations ; un relent saumâtre, comme une vague chargée d’écume et d’algues arrachées aux grands fonds ; un craquement, comme une branche cassée par un grand vent ; un goût de fer, comme si l’on s’était mordu la langue au sang ; et au toucher, c’est à la fois spongieux et piquant. Aucune image ne me vient à l’esprit pour signifier cette chose. Je consulte les nuages, et ces dragons vaporeux me soufflent leurs craintes :

Lucinda… Lucinda… Ton amant est revenu ! Il est revenu ! Il est revenu ! Je l’ai attendu, attendu si longtemps, mon bel amour, ma destinée, ce charmeur, ce maléfice ! Combien m’a-t-il ensorcelé d’années, que j’ai passées à me languir, et me languir en vain. Quand je refusais ces étreintes aux hommes en blanc de Sadus Hill, quand je crachais au visage des creuseurs de cervelle, quand mes doigts engourdis ne m’apportaient plus aucun plaisir, c’était pour lui, pour lui, pour toi tu m’entends ! Combien de larmes n’ai-je pas versées ? Combien de veines n’ai-je pas percées pour ce nectar qu’il m’a appris à aimer ?

Et qu’a-t-il fait alors ? Il est parti, une nuit noire, si noire qu’aucun lampyre, qu’aucune libellule d’argent ne parsemait les cieux ; il m’a laissé là, exsangue, à la merci de cette flicaille péquenaude, qui me trouvèrent la bave aux lèvres et la faim au ventre. Et ces quelques décennies dans une petite cage aux murs capitonnés ont-elles effacé la blessure ? La haine ? L’amour et la passion ? Non ! Non… Elle a gardé la braise bien au chaud, à l’abri des vents fous, et lorsqu’ils m’ont libéré, lorsqu’enfin le soleil et la lune ont pu m’offrir leurs doux rayons, la flamme s’est ravivée ! Car je le sentais, je le savais. Il ne pouvait m’oublier ; une telle destinée ne peut s’effacer ! Notre alliance n’est pas gravée dans la craie, mais dans le rubis le plus pur, le plus étincelant ! Comment, sinon, expliquer ma libération en ce jour saint entre les saints alors que mes brumes apprivoisées me murmure son doux nom… Tristan.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s