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Publié: 11 août 2008 dans Amor Fidelis (Finalisée)

Après une rupture difficile, Lans et Adam partent de leur côté pour vivre une nouvelle vie… 


Les jours s’étirèrent en mois, les mois en années. L’enfant grandit, devant un garçon vif et éveillé ; Lans eut quelques amantes, des mères de passage pour Adam qui jamais ne posa de question sur celle qui l’avait enfanté. Il était suffisamment intelligent – de cette intelligence animale qui se rapprochait de l’instinct – pour sentir le tabou, ou peut-être le danger inhérent à ce sujet. Il profitait alors de ces présences féminines qui s’extasiaient de la blondeur de ses cheveux, du topaze de ses yeux. Ils passèrent plusieurs années au Nicaragua puis traversèrent l’Océan Pacifique pour rejoindre l’Equateur. La vie y était dure, et Lans travailla plusieurs années à élaguer les bananiers pour le plus gros producteur du pays, alors que son fils, alors âgé de neuf ans, grimpait aux arbres pour y couper les régimes et les faire descendre dans des paniers astucieusement manœuvrés par cordages.

L’enfant devint un adolescent à la peau mate, dorée par le soleil, aux yeux translucides et à la chevelure couleur des blés mûrs ; Lans, lui, vit son visage se creuser de rides profondes sur sa peau cuivrée, où parfois, malgré lui, lorsque les nuits passaient, solitaires, une rivière amère et salée coulait. Adam était, lui aussi, taciturne. Malgré son charisme, il n’avait que peu d’amis, préférant la solitude et la contemplation des vagues s’échouant sur la rive plutôt que les plaisirs de la ville. Les jeunes équatoriens arpentaient les bars, karaokés et boîtes de nuit, noyant leur insouciance dans des cocktails aux couleurs chamarrées. Le jeune garçon et ses rares comparses préféraient un feu de plage où grillaient quelques poissons péchés du jour ou des brochettes achetées au boucher, et ils parlaient. Longuement, ils parlaient, de leurs espoirs, de leurs envies ; ils questionnaient surtout Adam, peu laconique, mais dont la tête était emplie de questions, sur son identité propre. Qui étaient ses parents ? Ils ne pouvait se résigner à demander à son père, car les réponses plus que leur absence l’effrayaient. Lans n’inscrivit pas son fils immédiatement à l’école. Il lui apprit d’abord à lire et à écrire, à compter, et tous les rudiments de culture générale qu’il gardait de son ancienne vie. Il transmit le goût de la lecture au jeune Adam, et bientôt leur modeste appartement fut envahi de livres de toutes sortes : biographies, romans d’aventure, essais philosophiques, contes et légendes des quatre coins du monde. L’enfant se passionnait pour l’Iliade et L’Odyssée et dessinait d’épiques combats entre un Ulysse et un Cyclope très stylisés.

Les études n’étaient pas son fort, mais Lans redoubla d’énergie pour lui insuffler cette farouche volonté qui l’animait. Son fils aurait toutes ses chances.

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