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Publié: 15 octobre 2008 dans Amor Fidelis (Finalisée)

Lans et Adam mènent leur vie loin de tout souci, loin du passé de l’homme, passé tourmenté et tourmentant l’adolescent…


Ainsi passait leur vie en ces contrées tropicales. Adam désormais travaillait à l’exploitation familiale et profitait de l’absence de son père qui, parfois, partait en ville acheter les quelques produits nécessaires qu’ils ne pouvaient produire eux-mêmes pour inviter sa jeune amie Llorca – non que Lans refusa à son fils la fréquentation des jeunes filles, mais plus par défi, goût du risque, désir d’aventure. Ils courraient à perdre haleine vers le lagon masqué par les bananiers et s’y délassaient, enlacés ; puis en riant ils s’ôtaient les sangsues qui s’accrochaient à eux. Ce jour-là, une pluie diluvienne transformait la lagune en terrain boueux et impraticables, ils étaient donc dans la chambre du jeune homme, à se caresser, se serrer l’un contre l’autre, écoutant les trombes d’eau s’abattre sur eux, rassérénés, engoncés dans cette douce béatitude qu’apportait la présence de l’autre. Adam respirait à plein poumons les fragrances émanant de la chevelure épaisse de sa petite amie, celle-ci s’abandonnant à la douceur des mains de l’Homme. Distraitement son menu pied battait la mesure d’un air crachoté de la radio qui captait tant bien que mal la fréquence locale.

Elle se leva d’un bond, le toisant de sa hauteur, son T-Shirt laissait poindre les rondeurs de ses seins, et lui susurra " attrape-moi ! " ; et elle se mit à courir dans la petite maison, et son rire envahissait l’atmosphère, et son rire masquait le grondement du tonnerre et déjà la pluie cessait.

Elle courut se réfugier dans la chambre de Lans, et s’affala sur le lit défait. Adam freina sa course, n’osant franchir le seuil de l’espace paternel. Elle, s’étirant comme un chat, l’invitait à la rejoindre. Il s’approcha alors, mais de la pointe des pieds, comme si sa présence pouvait déclencher l’ire des esprits de ce lieu. Llorca se roula sur la couche, et entreprit d’ouvrir les tiroirs de la table de nuit.

– Non, qu’est-ce que tu fais ? Arrête ! Murmurait Adam, paniqué.

– Oh, s’il te plaît, il ne rentrera pas avant au moins une heure, surtout avec cette pluie ! Minauda-t-elle.

Elle extirpa du tiroir, outre une Bible défraîchie, quelques préservatifs – ce qui provoqua le rire cristallin de la jeune fille, qui s’empressa d’en empocher un " pour plus tard ", le provoqua-t-elle ; il y avait aussi une pochette de cuir racornie, qui contenait deux photos ; deux photos tâchées, écornées ; le visage d’une femme, le regard penché sur un bébé qu’elle tenait dans ses bras, ses longs cheveux caressait le front de l’enfant, dont le sourire béat irradiait le visage. Sur cet autre cliché, son père entourait de ses bras la jeune femme, qui elle-même serrait contre elle une enfant au visage fermé, taciturne ; malgré l’apparente quiétude de la photographie, on sentait sourdre une inquiétude sous-jacente.

– C’est ta mère tu crois ?

– Oui, ce doit être elle. Ce ne peut être qu’elle. Et j’aurais une sœur ? Pourquoi il ne m’a rien dit ? Pourquoi il m’a caché tout ça ? Mon passé ? Ma famille ? Pourquoi ?

Il sentit la fureur s’emparer de lui ; ses poings se serrer ; la colère le submerger. Toutes les questions qui le hantaient depuis sa plus tendre enfance trouvaient leur réponse ici, dans ces deux photos usées d’avoir été trop regardées. Son père. Son père avait quitté sa mère. Ou étaient-elles mortes ? Qui étaient-ils ? Qui étaient-ils vraiment ?

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