La quête du grand en rouge

Publié: 24 décembre 2008 dans Caldeus Kreen (Finalisé)

Episode inédit !

  Kami Khaz s’était installé au coin du feu, profitant du répit que lui offrait le bain annuel de ses petits enfants. Assis devant la cheminée, il suçottait le tuyau de sa pipe, perdu dans ses pensées quand Kronald, le plus jeune des enfants de sa fille Théselda, dévala l’escalier et se jeta sur ses genoux :

– Popi, popi, raconte-nous une histoire !

  Il fut vite rejoint par Kinouilh, Caldeus Junior et Berel qui l’entourèrent, dos au foyer, les yeux rivés sur le regard ridé et empli de sagesse du vieux nain.

– Oh oui, popi, une histoire ! Raconte-nous l’histoire d’oncle Caldeus, avec qui tu as sauvé la princesse Loana !

– Oh non, pas encore ! Popi, une histoire !

– Bien, bien les enfants ! Par Throrin, vous ne me laisserez donc jamais en paix ! Alors… Je sais. Connaissez-vous la signification de la Veillée du Manteau Blanc ? Savez-vous pourquoi, en plein milieu de la saison des neiges, nous décorons le grand chène de la place du village avec des lampions multicolores et des pierres décorées de ces curieux signes qui vous font penser à des sangliers ? Non ? Alors je vais vous raconter la légende du Grand en Rouge.

  "Il était une fois, car toutes les légendes commencent ainsi, un vieil humain qui, au seuil de sa courte vie, se posa la question : qu’ai-je fait de tout ce temps ? Ai-je bien employé mon existence ? Il fit alors le compte de ses bonnes actions, et il se remémora de bien tristes souvenirs… La fois où il éclaboussa des mendiants alors qu’il galopait à bride abattue vers l’auberge la plus proche ; ce duel qu’il gagna par traîtrise ; le coeur de cette demoiselle qu’il brisa sans un regard pour elle. Il dut reconnaître que sa vie n’était pas exempte de fautes, et même que la balance penchait du mauvais côté… Il décida alors de passer les derniers moments de son existence à offrir aux plus démunis l’espoir et le réconfort qui leur faisait défaut. Il n’avait pas d’enfant, pas de famille, aussi vendit-il tout ce qu’il possédait ; et avec l’argent qu’il en tira et toutes les économies qu’il put regrouper, il s’acheta un grand manteau à capuche, des bottes solides, un traîneau et se mit à parcourir le Khoin en visitant les foyers les plus désuets. Il s’arrêtait, toquait à la porte, et lorsque celle-ci s’entrebaîllait, il souriait, d’un sourire franc et sincère, les yeux emplis de bonheur de la bonne action à réaliser.

  Il donnait de l’argent aux plus pauvres, de ses doigts agiles il sculptait de petites figurines qu’on aurait dit animées d’une vie propre, qui faisaient le bonheur des enfants. Il restait parfois plusieurs jours pour aider à réparer un toit qui fuyait, couper du bois, ramoner une cheminée ; il n’économisait aucune énergie pour apporter la joie par petites touches. Jamais, non, jamais il ne disait son nom. On l’appelait l’Homme en Rouge. Sa renommée se fit peu à peu, s’étendant comme la douce brise de la saison des fleurs. Cherchait-il à se racheter ? Il faut l’avouer, il le faisait car il avait peur de ne pas entrer au Royaume des Bienheureux dont parle la religion des Grandes Gens. Mais peu à peu, il y prit goût, et arriva un moment où il ne se rappelait plus pourquoi il offrait le pain aux déshérités. La chaleur qui emplissait son coeur était une récompense suffisante.

  Mais cette renommée n’était pas du goût de tout le monde. En ces temps un mauvais roi (mais en est-il de bons ?) régnait sur Walladia, une contrée aujourd’hui oubliée. Et ce roi voyait d’un mauvais oeil cet homme en rouge qui remontait le moral de ses sujets alors que lui-même profitait de la terreur qu’il inspirait – car ce roi était un nécromant – pour alourdir les impôts et agrandir son armée de morts-vivants par des exécutions sommaires. Il consulta alors Panthium, son Grand Ordonateur, pour connaître la marche à suivre.

  Ce Grand Ordonnateur était aussi félon que son maître et rêvait de le renverser. Il ourdit alors un plan pour se débarasser de ces deux empècheurs de rêgner en rond. Il signifia à son maître qu’il fallait faire disparaître ce bienfaiteur. Il envoya deux de ses sbires les plus féroces pour capturer l’Homme en Rouge ; il le trouvèrent dans une grange en train d’aider une vache à vêler.

– Ca sent le sapin pour toi, étranger ! Baguenauda l’un des molosses.

– Ouais ! Ironisa le second.

  Il fut capturé et suspendu encore vivant, bien que sacrément amoché, à l’arbre aux sacrifices où le vilain roi suspendait ses victimes pour les offrir aux corbeaux. Lorsque les villageois virent cela, ils se révoltèrent, se ruèrent au château malgré leurs réticences, et hurlèrent à la mort du nécromant. Panthium profita de l’occasion pour empoisonner son maître. Il apporta la dépouille déjà bleuie devant le peuple, et se lamenta sur le sort qui avait échu à l’Homme en Rouge, cet homme si bon et si généreux. Il fit décorer l’arbre sur lequel le corps supplicié du mystérieux étranger pourrissait avec les tripes du despote, "en signe de vengeance". Ce qui se passa ensuite ne concerne plus l’Homme en Rouge : Panthium fut dévoré vivant par un Belzefaust qu’il avait invoqué, et le royaume fut englouti par un raz de marée. Mais c’est ainsi que la légende naquit. Désormais, à chaque Veillée du Manteau Blanc, nous suspendons des décorations sur les grands arbres en symbolique de cet homme qui sacrifia sa vie pour apporter la joie."

– …

– Momiiiiiiiii !

– Je préfère quand tu racontes l’histoire d’oncle Caldeus !

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