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Publié: 30 septembre 2009 dans Amor Fidelis (Finalisée)

Adam et l’inconnue ont succombé aux plaisirs de la chair. L’Amour, la passion, "saudade" ? Que va-t-il advenir…


Un mince rayon de soleil blafard vint réchauffer timidement la joue d’Adam ; il cligna lourdement des yeux, découvrant peu à peu le décor qui l’entourait : il dormait sur un futon, à même le sol ; une reproduction du Don Quichotte de Picasso ornait le mur au pied du lit. Des plantes vertes aux coins de la pièce, et un modeste bureau constitué d’une planche posée sur des tréteaux, sur lequel ronronnait un ordinateur portable.

Il se retourna et observa la jeune fille qui dormait paisiblement à côté de lui. Son visage détendu et serein le rassurait ; sa respiration lente et profonde soulevait le drap qui découvrait pudiquement la naissance de ses seins. Il se leva sans un bruit et s’habilla rapidement. Son regard se posa sur l’heure qui tournoyait sur l’écran de l’ordinateur, une heure avancée, mais qui l’attendait ? Il referma doucement la porte derrière lui et descendit les marches quatre à quatre. Au coin de la rue il entra dans une boulangerie et acheta des croissants tout juste sortis du four. Des croissants français ! Une légende en Equateur, là où l’écheveau de sa vie s’était déroulé jusqu’à aujourd’hui.. Jusqu’à ce jour où, il le sentait, il avait trouvé sa Destinée.

Il rentra dans l’immeuble, inconscient du regard de la concierge, et remonta jusqu’à l’appartement de son hôtesse. Il rentra sans bruit et à pas de loup se dirigea vers la kitchenette, quand le déferlement de l’eau de la douche lui apprit que la jeune femme était réveillée. Trois petits coups furent frappés contre le mur mince qui séparait la salle d’eau de la cuisine, un appel discret mais assuré. Il entra donc dans la salle de bains, où il aperçut la silhouette mouvante de son inconnue derrière le rideau opaque de la douche.

– Bien dormi ? lui demanda-t-elle d’une voix forte.

Il se sentait curieusement gêné, quelque peu voyeur de se trouver là, à quelques mètres seulement, observant ses formes ondulantes et ses mains savonnant ce corps qu’il avait dévoré cette nuit-là…

Il bredouilla une vague excuse et retourna à la cuisine.

Quelques minutes plus tard, la jeune femme le rejoignit, vêtue d’un simple peignoir en éponge. Une bise furtive atterrit sur sa joue, puis elle s’assit en face de lui.

– C’est gentil pour les croissants, lui dit-elle dans un sourire. Tu m’as l’air tout timide maintenant ? Que comptes-tu faire ? Partir ? Je pourrais comprendre. La plupart du temps, c’est moi qui fuit, moi qui ne suit qu’une ombre dans la nuit, une forme évanescente que l’on étreint le temps d’une passion… Moi qui suit les hommes dans leur antre, une apparition. Evanescente, amusant, car c’est mon prénom, Evanescence, justement. Tu vois Adam, pour toi, je reste telle que je suis. Et toi ? Seras-tu fantôme, fantasme, éclipse ?

– Non, je… Je m’excuse, tout cela est si soudain, hier j’avais l’impression d’avoir tout perdu, famille, repère, j’arrivais ici à la recherche de mon passé, et voilà que je te rencontre et que je me sens entier, en paix, prêt à construire de nouvelles choses, à repartir de zéro… Et j’ai peur, oui j’ai peur de me tromper et que tout cela ne soit que le fruit de ma nostalgie…

– Alors ferme les yeux, Adam, et tends les mains.

Il obéit, et elle s’empara de ses mains, qu’elle posa sur son ventre doux et chaud.

– Ceci n’est pas un mirage ; puis elle guida les mains de son amant, remontant lentement jusqu’à sa poitrine.

– Ceci n’est pas une illusion ; il se leva, docilement, et ses mains continuaient à naviguer sur cette peau tiède et douce. Il caressa la gorge, puis la naissance des oreilles, enfin ses mains étreignirent le visage d’Evanescence.

– Ceci n’est pas tristesse, Adam. Ceci est mon corps, ceci est ma chair ; je suis entière, je porte aussi en moi l’empreinte du doute et la peur du lendemain. Je suis moi aussi partagée entre le désir d’oublier et de continuer cette existence paisible, ou de t’ouvrir mon cœur et mon âme et de bouleverser tout ce qui jusqu’alors étaient mes repères. Je ne te connais pas, mais je te ressens comme jamais je n’ai ressenti quelqu’un. Je suis toi et tu es moi. Nous ne sommes qu’un. Adam. Reste.

Il resta.

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