Domaine : Faux prophète

Publié: 9 novembre 2009 dans Domaine (Finalisé)

Lorsque l’Ombre porta le Hellsinger à Tristan, une aura opalescente s’étira en long filament tout autour du sceptre, pour se fondre aux brumes nocturnes. La Rédemption était accordée à l’esprit tourmenté il se séparait désormais de cette enveloppe diaphane, cocon vide de toute substance, réceptacle creux. Le poing fermé sur le précieux objet de pouvoir, le vampire leva haut le bras, afin que tous sachent que le Domaine était de nouveau sien. Il me fut accordé d’écrire cette page d’Histoire avant de rejoindre le clan d’immortels, choisi parmi les Elus. Amer cadeau que tu me fis là, Tristan ; le remords t’as-t-il amené à cette décision ? Quelles conséquences prévoyais-tu à ce don ? Pensais-tu me voir voleter autour de toi telle une simulie, bourdonnant de satisfaction à l’idée, à mon tour, d’étendre ton royaume d’un baiser écarlate ? Pensais-tu à Nathalie lorsque de ton ongle tu traças cet étrange signe à la base de mon cou, et que tes dents transpercèrent ma chair moite ? Mon sang avait-il la saveur du sien ?

Moi, moi, lorsqu’à mon tour je dus plonger au creux de ta gorge, assoiffé, affaibli, pour m’abreuver de ta source désormais mêlée à la mienne, c’est son regard qui s’imprima sur mes rétines. Son regard teint d’une souffrance profonde, et d’une interrogation sans réponse. Et je bus. Je bus à ce calice, caressant compulsivement ton torse lardé de cicatrices profondes et boursouflées, veiné, une mappemonde des douleurs portées tout au long de ton existence.

Et chacun, goule, vampire, simple humain aspirant au devenir de l’abjecte immortalité, d’absorber cette atmosphère de recueillement à l’érotisme morbide.

Et c’est ainsi que je devins greffier de l’Histoire du Clan, contant sans malice et sans subjectivité, l’avènement du Nouveau Règne du Maître du Domaine. De lyriques allégories, j’usais avec emphase pour décrire ces épiques combats ; l’exécution du traître, l’Héritier des Van Helsing, l’Usurpateur, aux poignets tailladés ruisselant dans les calices de la Justice où chacun d’étancher sa soif, jusqu’à ne laisser qu’une dépouille desséchée, haletant faiblement d’une étincelle qui jamais ne s’éteindrait ; les noces des amants déchus, funèbre simulacre d’une vie vécue, et Nathalie, toujours Nathalie présente dans ces pages, à me murmurer, me supplier, m’invectiver.

Combien d’années sont passées depuis ? Je ne pense plus aux mouches, presque plus. Parfois, j’entrouvre mes fenêtres, mais les diptères ne viennent plus. Les quelques spécimens que j’ai pu capturer volètent en rond dans leurs bocaux, attendant cette mort salvatrice – ou la libération définitive. J’ai fini hier un collier fait de dizaines de cadavres de mouches ; je l’ai trempé dans du fiel de chauve-souris et la nuit, La Nuit, est pour demain.

Tu m’as pris beaucoup, Tristan. Beaucoup trop. Que m’as-tu offert, qu’offres-tu à tes ouailles ? Une errance, une faim, un vide.

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