Livre III – A la lueur sélène (1)

Publié: 21 octobre 2010 dans Zoon (Finalisé)

Retour au présent où l’inspecteur qui mène l’enquête sur le double meurtre de la maison Payne piétine…

Accoudé à sa fenêtre, insouciant du courant d’air qui disséminait les papiers jonchant son bureau, l’inspecteur Liebikov regardait sans le voir le flot de véhicules en contrebas. Son mégot se consumait et il se résigna à le lâcher comme il commençait à lui brûler les phalanges.

Il ramassa les papiers épars et les fourra dans la chemise ouverte sur son bureau. Puis il la referma et posa dessus sa tasse à moitié pleine de café froid, masquant l’intitulé du dossier ; on n’y pouvait lire que le nom des victimes : «  Payne / Vildieu  ».

A la froide lueur de sa lampe de bureau, les illustrations et enluminures des livres hétéroclites ouverts négligemment semblaient se mouvoir. Créatures mi-homme, mi-animal, emmêlés dans une farandole sabbatique, autour d’un infernal foyer, études ethnologiques, rapports psychiatriques d’études du comportement humain, comptes-rendus des derniers crimes perpétrés dans la région. Son enquête était pour le moment dans l’impasse. Le rapport du légiste faisait état de «  violences animales caractéristiques mais dirigée d’une intelligence propre à l’homme  ». Combien de temps lui avait-il fallu pour s’imprégner de cette phrase et se retrouver à lire ces comptes-rendus séculaires sur les voirloups, lupins et autres thérianthropes du folklore – et surtout à admettre cette hypothèse comme probable ? Trop peu pour qu’il ne se sentît pas pris de folie douce. Cependant, tout semblait concorder. La sauvagerie présente sur les lieux du crime, les marques de griffes et les phanères retrouvées encastrées dans les vestiges des meubles démolis, cette étrange odeur musquée qui l’avait assailli, masquée par celle du sang et des viscères déchiquetées. Que penser ? Que penser ?

Il était noté dans l’agenda de Daniel Vildieu sa visite chez les Payne. Qui avait donc pu s’introduire ainsi et provoquer un tel déluge de violence ? La maison était trop isolée pour qu’un éventuel témoin ait pu observé un inconnu s’approcher de la demeure. Cependant aucune trace de véhicule suspect à proximité.

Ce qui l’inquiétait plus encore, c’était la disparition de la jeune femme du diplomate, Marg… Non, Magdalena. Magdalena Ibañez Payne, vingt-huit ans, enceinte de sept mois. Aucune trace de ses fluides, seul un morceau de robe d’été découvert dans la salle de bains laissait à supposer qu’elle avait été enlevée ; mais comment avait-elle réchappé au maelström, à la furie ? Pourquoi le meurtrier (à supposer qu’il fut seul) s’était arrêté au massacre de deux personnes, en laissant un témoin derrière lui ? Ou son sadisme le pousserait-il dans des retranchements atroces encore ? Fallait-il espérer une mort rapide à la jeune femme ?

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