Les escargots font de très mauvais géographes (4)

Publié: 19 juillet 2011 dans Les escargots... (Finalisé)

Trois savants à la retraite, une invitation à un colloque, un sentiment de persécution sous-jacent, et des escargots. Une intrigue plus qu’abracadagrbrdrante !


Soit. Il resterait à se morfondre dans un rocking chair à siroter un thé glacé en regardant le soleil se coucher sur la jungle somnolente tandis que ses frères et collaborateurs profiteraient d’une soirée aux frais du contribuable norvégien (en plus !)

Sven et Sven rentrèrent en fin d’après-midi et, ayant pris connaissance de l’invitation, se douchèrent et vêtirent leur tuxedo exhalant une entêtante odeur de naphtaline ; ils appelèrent ensuite la compagnie de location de limousines de l’île, car il eut été plus qu’inconvenant d’arriver en taxi, voire pire, en vélo ! Un rictus de commisération se grava sur leur visage ridé alors qu’ils passaient le seuil de leur demeure et saluaient Ǿlåf.

A vingt-trois heures trente, Ǿlåf en était déjà à son cinquième thé glacé et les arômes fruités lui montaient à la tête. En outre il avait la vessie passablement gonflée mais se refusait à quitter son poste d’observation dont le balancement faisait grincer le plancher de teck.

Un stylomattophore de la famille des bulimulidae escalada alors la plateforme surplombant la forêt ; un escargot de bonne taille dont la coquille oblongue dépassait les huit centimètres, à tel point qu’Ǿlåf dans un premier temps le prit pour un achatine foulque avant de se rappeler que a) ces derniers habitaient essentiellement le continent africain b) une envie pressante voire stigmatisante se planifiait dans les prochaines secondes. Il se leva alors de la chaise à bascule et se précipita aux commodités, espérant que le gastéropode géant n’ait pas disparu d’ici là.

S’étant délesté du demi-litre de thé glacé qu’il avait ingurgité ce soir-là, il revint sur la terrasse et manqua d’écraser le mollusque qui le toisait de toutes ses cornes. Tant bien que mal, le vieux savant se mit à genoux et entreprit de mesurer l’animal ; le frôlant de ses doigts fripés, il perçut comme une décharge électrique traverser son cortex. Et sous ses yeux, l’escargot enfla, enfla, jusqu’à ce que son corps – et donc son pied – élastique dépasse le mètre cinquante. Il se redressa alors de toute sa hauteur et d’une voix humide, l’écume aux lèvres, il s’adressa à Ǿlåf :

– Nom d’un fermicheau ! Chi cheulement ma coquille poufait crandir auchi ! Cha me chert, tu ne peux pas chaffoir ! Pon, qu’est-che que tu fais encore là ? Tu n’es même pas hapillé ? 

Hébété, le savant secoua la tête en marmonnant «  ce doit être le thé, maman me l’avait pourtant dit  », mais malgré cela, l’apparition était toujours présente. Palpitante, grasse, suintante, d’un beau brun tirant sur le vert, la coquille de huit centimètres luisant doucement, baignée de la lueur sélène.

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