Archives de la catégorie ‘L’Antidote (Finalisé)’

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Publié: 9 janvier 2008 dans L'Antidote (Finalisé)

Epilogue de cette étrange histoire de serial killer…


Sur la berge isolée se tenaient trois vieillards ; le dos voûtés, ils observaient les forces de l’ordre qui, de l’autre côté du fleuve, entouraient la scène du crime de la bande bariolée. Demain on lirait dans les journaux que le tueur au lacet courait toujours et que son dernier méfait annonçait le maelström de sa folie. On comptait six morts dont deux par balle.

Il y aurait un démenti, bien entendu, quand les empreintes du cadavre suspecté du commissaire serait identifié.

Clothos dit :

– Désormais le monde peut craindre.

Lachésis dit :

– Le monde ? Le monde est perdu.

Atropos cracha par terre. Puis il s’étreignit le cœur et s’affala, sous le regard morne de ses frères.

Vint l’hiver, un hiver particulièrement rigoureux. La ville connut la plus longue vague de froid du siècle, d’après l’organisme national de météorologie. On dénombra plus d’une centaine de sans-logis qui succombèrent aux baiser glacé ; d’autres morts survinrent et auraient pu passer inaperçues, si ce n’est la mutilation qui les caractérisait : les lobes d’oreilles étaient systématiquement découpés.

Un homme entra dans le bar ; il secoua son bonnet couvert de neige, souffla dans ses mains pour les réchauffer et commanda un chocolat chaud. Il s’assit dans un recoin confortable de la salle, prêtant vaguement l’oreille à la musique ambiante.

Il attendit une bonne dizaine de minutes, se brûlant la paume des mains au contact de la tasse fumante, quand entra celui qu’il attendait. Il pouvait avoir la quarantaine bien tassée, le cheveu coupé court, et un tic le faisait cligner de l’œil gauche.

– Bonjour mon père, marmonna le barman. Il versa un baby de bourbon au nouveau venu, qui s’installa non loin de l’étranger.

Il allait attendre.

Puis la sentence serait prononcée.

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Publié: 26 décembre 2007 dans L'Antidote (Finalisé)

Face à face entre l’inspecteur, l’assassin et l’otage victime du syndrome de Stockholm…


Il était là, pantelant, le trench-coat maculé de sang et de débris d’os, le regard du meurtrier en série braqué sur lui. La femme s’était rapprochée de son amant dépenaillé, haletant lui aussi, comme s’il avait participé au carnage. Du sang séchait sur ses mains, les rendant poisseuses et rugueuses ; cependant elle le laissa poser sa paume contre son ventre chaud.

– Et maintenant inspecteur ? Qu’allons-nous faire ? Oncle Waltz va-t-il disparaître pour de bon ? Dois-je disparaître à mon tour, maintenant qu’ils sont tous les deux morts ?

– Tous ne sont pas morts… tous ne sont pas morts. Tes propres démons te rongent, et ton heure viendra. Mais la question est : Seras-tu en paix désormais ? Tu as ta fée, ta princesse, ta lorelei ; j’ai moi, un coupable et plusieurs corps froids. Que faisons-nous ?

– Mon frère… partons. Partons désormais et à tout jamais. Moissonnons cette terre fertile du pêché ! Vois, elle sourit ! Cette perspective l’enchante. Notre fée ! Elle nous lavera de nos fautes et nous pourrons expier éternellement nos actions !

– Oui, mon frère… oui. A tout jamais.

Le fracas de la détonation retentit comme un coup de fouet sous le pont. Le jeune homme s’écroula, étonné, de la fumée suintant des bords déchirés de son t-shirt brûlé par la balle.

– Nooon ! Hurla-t-elle. Partagée entre le désir de se jeter toutes griffes dehors sur l’inspecteur et l’étreinte funeste de son aimé, elle restait debout, statique, les bras ballants. Les larmes amères coulèrent de ses yeux délavés. Elle ne bougea pas plus lorsque le canon de l’arme de service pointa le sixième chakra. La douleur fut brève mais intense. Puis la lumière fut.

Il était désormais seul. Entouré de ses spectres, et une farandole de feuilles rougeoyantes dansait autour de lui. Il jeta son arme dans le fleuve, et se rapprocha de son adversaire – son alter ego – son frère – sa victime. Celui-ci respirait, faiblement, et chaque bouffée l’éloignait des rives de la conscience. Dieu comme ils se ressemblaient ! Déjà au pensionnat, on les confondait.

Il se déshabilla et prenant à bras le corps et avec la tendresse d’un frère le corps assailli des derniers spasmes, échangea ses vêtements contre ceux du cadavre.

Puis il traversa le pont.

Une dernière fois.

– 19 –

Publié: 29 novembre 2007 dans L'Antidote (Finalisé)

L’inspecteur connait désormais la cache de l’assassin. Il s’y rend en compagnie de la jeune femme et du prêtre qui a commis les atrocités sur les enfants du village du criminel…


L’inspecteur sortit de son véhicule et extirpa violemment le prêtre de l’arrière de la voiture ; projeté à terre, ce dernier ne tenta même pas de se relever. La jeune femme ouvrit sa portière mais n’osa pas s’éloigner ; elle avait de plus en plus de mal à respirer, observant la scène comme noyée.

L’homme aux mains ensanglantées se tourna lentement vers l’inspecteur, et ses yeux se rivèrent sur le vieillard que les lueurs intermittentes des gyrophares faisaient palpiter. L’homme d’église leva lui aussi son regard et on pouvait y lire la peur.

– Vous… Je… Je vous connais… Vous étiez avec oncle Waltz… Que… Qu’avez-vous fait de mon âme ?

Ces mots emplirent l’air sans qu’aucun muscle ne bouge du visage du criminel. Il se rua, vif comme l’éclair, sur le prêtre défroqué, lui arrachant son col romain maculé de tâches suspectes, quand l’inspecteur pointa son revolver sur la tempe du meurtrier en série.

– Il est temps maintenant. Il est temps d’arrêter.

– Arrêter ? Savez-vous qui je suis ? Savez-vous pourquoi ? Que savez-vous de la folie exactement ?

– Je sais. Je sais pour votre oncle. Je sais pour ce salopard, pour ce qu’il vous a fait à vous et aux autres enfants.

– Je suis l’été ! Lourd été caniculaire ! L’été des fauches ! Je récolte les âmes mûres à point ! J’ai libéré la fée des lacs, afin qu’elle apaise les esprits sans repos !

– Et moi je suis le cruel automne qui te supplante. Tout est fini pour toi désormais. Pour lui aussi, sa fuite est terminée, ses heures son comptées.

– Laissez-moi lui soutirer son âme comme il m’a volé la mienne !

– Non. Lui, il est l’hiver froid et sans cœur, un hiver que l’on doit condamner. Moi seul peut le condamner. Car l’automne est justice. L’automne flamboyant et pur.

Ceci dit, l’inspecteur se tourna vers le prêtre, et lui asséna un violent coup de pied dans l’estomac. Un crachat de sang vint s’écraser sur sa chaussure droite. Puis, pris de frénésie, il se mit à lui donner des coups de crosse sur le visage, sous les yeux étonnés et figés du criminel. Des bruits d’os qui se brisent entrecoupaient les gémissements du vieil homme et les " tam ! " mats du métal contre sa face.

Il fallut à l’inspecteur plusieurs minutes pour comprendre que le prêtre était mort.

– 18 –

Publié: 12 novembre 2007 dans L'Antidote (Finalisé)

L’inspecteur débarque chez lui et la découvre attachée au lit ; elle lui dévoile alors où son amant se cache…


Oh, comme il souffrait ! Comme il souffrait de l’avoir laissée en appât, à la merci d’Oncle Waltz, en sacrifice au dieu des moissons ; et comme il sentait que le sang ne laverait pas l’offense faite à l’amour. Il jeta le couteau dans le fleuve, le regardant coulant alors qu’une flaque rosâtre s’étalait sur l’onde opaque.

La quinte de toux d’un des sans-logis qui s’abritaient sous le pont le fit se retourner. Il les regarda d’un œil morne, et murmura :

– A quoi bon ? A quoi bon tout cela ? Oncle Waltz me poursuivra, encore et encore. Rien ne le rassasiera, rien ne l’apaisera.

Machinalement, il tritura la boursouflure qui lui tenait lieu de lobe, et marcha au devant des clochards, évitant les mares de sang. Il s’approcha du plus âgé à qui il avait tranché la gorge, et trempa ses doigts dans la plaie béante. Puis il continua d’écrire sur le mur, traçant son histoire de larmes et de pêché.

 

L’inspecteur laissant son équipe dans la tanière du tueur en série, avait détaché la jeune femme et l’avait fait monté à côté de lui dans son véhicule de service. Elle se retourna lorsqu’un grognement se fit entendre sur la banquette arrière ; un vieil homme adipeux et au visage tuméfié était affalé de tout son long, menottes aux poignets et aux chevilles. Elle se sentait étrangement en dehors du tumulte, alors même que ce loup – car il était un loup – la traînait vers l’ultime repaire de son amant.

Ces dernières heures, elle avait sentit l’odeur métallique de l’eau du lac s’insinuer en elle, et ses cheveux humides comme les herbes des hauts fonds collant à ses épaules nues. Observant ses mains aux doigts frêles, elle sembla voir onduler des ridules en surface. Elle mit sa ceinture et resta silencieuse le temps du trajet.

 

Les phares du véhicule le surprirent alors qu’il traçait les dernières heures de son œuvre, COUPABLE écrit en lettres de sang.

– 17 –

Publié: 20 septembre 2007 dans L'Antidote (Finalisé)

L’inspecteur a trouvé une lettre du tueur le suppliant de l’arrêter. Qui va gagner le combat que ce dernier mène contre Oncle Waltz ?


Son réveil fut brutal ; on frappait à la porte, des coups sourds et répétés. Puis vint l’injonction.

– Police ! Ouvrez ou nous enfonçons la porte !

Elle tâta l’oreiller à ses côtés. Le lit était vide, encore humide de leurs ébats. Il était parti. Il était matinal, se plaisant à lui répéter qu’aux aurores, il cuvait son vin et le laissait tranquille. Parfois, la nuit, il gémissait comme un enfant qui fait un cauchemar. Elle s’approchait alors de lui et lui caressait les cheveux, les joues, traçant des mots réconfortants sur son torse.

Les coups reprirent, plus forts, puis la porte vola en éclats. Elle entendit le carillon de l’entrée fixé au plafond tomber dans un fracas de métal tintant, accompagné de la chute des étagères où il exposait ses bibelots à la poussière – des miniatures en pâte de verre ; et des pas lourds écrasèrent les frêles figurines, ce qui la mit en colère.

L’éclat d’une lampe torche l’aveugla momentanément.

– Inspecteur ! On l’a trouvée ! Mademoiselle ? Ne vous inquiétez pas, on va vous détacher.

Elle hurla lorsque l’uniforme frôla la peau nue de son bras droit, attaché à la tête de lit par un lien de soie – un cadeau de Lui.

L’inspecteur approcha, dans son imperméable, silhouette taciturne dans l’obscurité de la chambre, seulement soulignée par la lueur furtive des lampes torches. L’un des policiers commençait à déclouer les planches qui masquaient les fenêtres, laissant entrer la lumière polluante du soleil matinal.

– Où est-il ? Sa question réclamait une réponse.

– Il est dehors. Il est libre. Il moissonne. Et elle se prit à rire, ne pouvant retenir ces éclats qui la torturaient depuis si longtemps.

– J’ai un cadeau pour lui. Pouvez-vous le lui donner pour moi ?

– Qu…Quoi ? Un cadeau ? Elle frissonna lorsque la flamme de sa prunelle la consuma, un bref instant. Sa folie était différente de celle de son ravisseur – son hôte. Plus sauvage, indomptée, tel un rapace assoiffé. Lui, il était le vent dans les roseaux, il était la dune mouvante. L’inspecteur était un tsunami, une invasion de criquets, une avalanche. Et il voulait offrir un cadeau à son amant.

– Le pont qui jouxte l’Eglise de la Bienheureuse Révélation.

– 16 –

Publié: 5 septembre 2007 dans L'Antidote (Finalisé)

L’inspecteur observait le corps déjà froid à la lueur crue des gyrophares. Ce rouge agressif et ce bleu froid tour à tour apportaient au corps une vie pulsante et malsaine. Peu à peu il le sentait se rapprocher. La victime avait le visage serein, la mort l’avait surpris mais pas horrifié. Qui pouvait bien être ce mystérieux fantôme qui hantait l’assassin, et le poussait, encore et encore, à semer la mort autour de lui, sans désir de se faire connaître, sans signature précise, si ce n’est le hasard qui choisissait ceux qui tomberaient sous son jugement ? Quand s’arrêterait cette faim ?

Le corps gisait dans une flaque putride, où se reflétait l’enseigne du cabaret Rouge. On était dans la rue qui jouxtait le fameux club select où se trouvait l’entrée des artistes. Les risques pris étaient grands, encore une fois, et encore une fois la seule marque de son passage était la bienveillante immobilité de la mort et un lacet, trouvé dans la poche de la victime.

Son regard se porta sur les détritus qui jonchaient la ruelle mal éclairée. Papiers gras, boîtes de pizza, bières. La vie d’artiste.

Il allait s’en retourner vers son véhicule, rentrer au poste et remplir l’inévitable paperasse quand un papier attira son attention. Trempé, plié, on pouvait malgré tout lire en gras Waltz.

La lettre lui était adressée.

Inspecteur, oncle Waltz me hante depuis si longtemps que je ne connais plus le silence intérieur. Arrêtez-le avant qu’il ne commette d’autres crimes. Il faut que vous laissiez mon neveu tranquille espèce de sale fouille-merde. Sa foutue fée n’est qu’une morue que je vais me faire un plaisir de rendre au lac auquel elle appartient. Ne vous avisez plus de nous tourner autour ou sinon aidez-moi.

Destin.

– 15 –

Publié: 7 août 2007 dans L'Antidote (Finalisé)

Elle l’aimait. C’était certain désormais. La fée lui appartenait. Elle lui avait parlé, enfin, elle lui avait parlé de ses pulsions, de ses égarements. Elle l’avait surpris alors qu’il trempait des sucres d’orge dans une bouteille estampillée d’une étiquette à tête de mort. Elle n’avait pas paru horrifiée, oh non, mais compréhensive, presque contemplative de l’œuvre. Il l’avait accueillie, oh oui, dans son antre, là où il sculptait ces visages qui le hantait, lui avait montré la fée telle qu’il l’avait sculptée, mais lui avait cachée les créatures nées de la glaise et qu’il cachait, effrayé lui même des masques grimaçants de ces monstres. Il soupçonnait un empoisonnement de l’air qui lui polluait les neurones, peu à peu, et peu à peu le corrompait. Mais heureusement, elle était là, sa fée. Ils s’offraient l’un à l’autre, et passaient de longues heures à contempler leurs corps nus ; il lui apprit à faire parler l’argile, et elle fut la première surprise en extrayant de la boue humide un visage torturé. " Mon père ", dit-elle. Puis elle le broya de son poing fermé, des larmes coulant le long de ses joues rougies par l’émotion.

Il lui avait parlé, alors, de sa moisson, de sa mission, de sa quête enfin achevée. Il l’avait trouvée, elle, et elle le sauverait. Et elle l’accompagnerait.

Sa dernière récolte remontait à quelques semaines déjà. Il était sorti avec ses lacets et avait arpenté la nuit durant les bas faubourgs, à la recherche de quelque noctambule errant qui souhaiterait parcourir un bout de chemin avec lui, le temps de… Et pour la première fois, alors que le souffle azuré de la vie quittait le corps secoué de spasmes de sa victime, il se surprit à trembler lui-même, et entendit cette voix, la voix de la fée. " Pourquoi ? " lui demandait-elle. " Pourquoi continuer ? ". Oui, pourquoi ? N’était-il pas comblé ? N’avait-il pas ses réponses ? Mais Oncle Waltz… Oncle Waltz avait hurlé, dans sa tête, si fort qu’il avait l’impression de sentir ses yeux exploser. " Et que feras-tu ? Que seras-tu ? Ne dis pas de sottises ! Tel est ton but ! Ou tu couleras, dans le lac, encore et encore ! "

Il était rentré chez lui précipitamment, le souffle court, et l’avait surpris alors qu’elle dormait, allongée sur le canapé. Il vit ses mains se tendre vers son cou si pâle, et dut serrer les poings à se planter les ongles dans les paumes pour ne pas la marquer. A tout jamais. Elle avait alors ouvert les paupières, et lui avait souri. Et il avait sombré.

Encore.