Obituary – Obituary

Publié: 11 septembre 2018 dans Tympan Heureux
Obituary - Obituary

Ce qui est bien avec Obituary, c’est qu’on n’est pas dépaysé. Dès les premiers feulement de John Tardy, on est dans le bain.

« Brave » démarre les hostilités dans de bons gros riffs classiques. Rien de bien nouveau, mais le groupe montre qu’après vingt ans d’existence, ils n’ont rien perdu de leur hargne et de leur puissance. Allez les petits jeunes, remballez ! « Sentence Day » donne dans le même ton. « A Lesson In Vengeance » ralentit un peu le tempo avec des riffs old school bonnards. « End It Now » écrase les ratons laveurs sur l’autoroute. Fuck Off !

« Kneel Before Me » change la donne, me faisant penser à du Deicide. « It Lives » plus sombre, un brin down tempo, est accompagné par un « Betrayed » fait presque hard rock du coup. »Turned To Stone » reste dans le corps gras, bien massif ; « Straight To Hell » passerait bien en néo métal. Quant à « Ten Thousand Ways To Die », il clôt l’album honorablement, sans casser trois pattes à un canard manchot.

Obituary ne prend pas de risque avec ce 10e album, et en même temps, ce n’est pas ce qu’on leur demande !

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Electric Wizard - Wizard Bloody WizardAprès un Time to Die (2014) puissant et monolithique, vrombissant et bouillonnant, revoilà les magiciens électriques menés par Jus Osborne avec l’album le plus court de leur discographie, mais toujours aussi intense.

Le son paraîtra plus vintage, moins noyé, moins fumeux ; On lorgnera plus du côté de Pentagram pour les similitudes sonoristiques. La pochette quant à elle est volontairement provocatrice et condense les deux mamelles du métal : sex & violence (même si, ça se trouve, c’est du ketchup).

« See You in Hell » ouvre les hostilités, qui n’est pas sans rappeler le « Burn in Hell » de Reverend Bizarre sur In the Rectory of the Bizarre Reverend (2004) en un poil plus rapide ; « Necromania » fait penser par certains côté à du Monster Magnet, pour son côté très rock’n roll. « Hear the Sirens Scream » et son riff lancinant vous entraîne pour plus de huit minutes de stoner laminé.

« The Reaper », plus sombre, avec son synthé d’église, morceau le plus court aussi, apporte une touche plus true doom. « Wicked Caresses » apparaît alors, langoureux, lourd, vicieux, comme on l’aime, avant « Mourning of the Magicians » qui clôt l’album, reprenant dans son refrain « I’ll see you in Hell » sur onze minutes de martelage païen.

Electric Wizard fait se qu’il sait faire, sans surprise, mais sans grosse déception non plus. Réverb’, son saturé, on est en terrain connu. Un stoner doom intemporel ; après, depuis le split de Reverend Bizarre, hein, on se rattrape comme on peut !

Eels – The Deconstruction

Publié: 3 septembre 2018 dans Tympan Heureux

Eels - The DeconstructionEels, c’est le bon copain toujours un peu triste, un peu comme Bourriquet dans Winnie L’Ourson. Même ses albums primesautiers comme Daisies of the Galaxy ou plus rentre dedans comme Shootenanny! ou Souljacker ont une saveur douce amère. J’ai un peu lâché le bateau et pas trop suivi ses déboires depuis 2003 et on le retrouve ici avec un album qui reste dans la même veine, aux sonorités parfois plus 70’s (voir 50’s !). Doux et râpeux à la fois, comme on l’aime. « The Deconstruction » ouvre l’album avec une douce mélodie et une voix vocodée qui rappelle les grandes heures de Beautiful Freak ; « Bone Dry » ne saurait être reniée par Tom Waits, qui chanterait du rythm’n blues. « Premonition » est triste, fataliste et malgré tout pleine d’espoir ; « Rusty Pipes » laisse une bonne place à la basse. Un morceau assez classique mais qui, par touches (flûte notamment), se crée sa propre identité. « The Epiphany » plombe un peu l’ambiance. Heureusement « Today is the Day » et ses riffs très « Happy Days » ramène le soleil.

« Sweet Scorched Earth », une bluette amoureuse mignonette. « Be Hurt » ramène un son plus bluesy, mais pas plus entraînant. « You are the Shining Light » est lui résolument plus rock’n roll, yeah !

« There I Said It », retombe dans un plaidoyer amoureux timide avec son piano langoureux. « The Unanswerable », un instrumental qui annonce le final « In Our Cathedral » et son écho caverneux – pas trop la chanson à chanter au mariage de son meilleur ami…

Quelques instrumentaux ponctuent l’album, en matière de souffle pas forcément nécessaires, mais toujours simples et digestes (« The Quandary », « Coming Back », « Archie Goodnight », écrite pour son fils, et qui n’est pas sans rappeler « Baby Genius » sur Electroshock Blues)

E reste le même Droopy, toujours aussi primesautier. Sa voix traînante, le son rugueux, tout cela crée un atmosphère intimiste et rassurante. Une parenthèse de fraîcheur plutôt agréable.

 

Napalm Death - Apex Predator / Easy MeatAvec une régularité d’horloge (un album tous les 3 ans), la bande à Barney nous pond un nouvel opus plein de surprises, avec cette pochette très poétique, dans la veine d’un Sublime Cadaver Decomposition, cette intro qui donne la chair de poule, Mark « Barney » Greenway scandant un texte sombre toujours aussi politique – l’apex predator désignant comme on peut le deviner, le patronat, les grandes firmes, les politiques, etc.

« Smash a single digit » est très rentre dedans, old school, bonnard quoi (une minute 25 secondes), suivi par un « Metaphorically screw you » de même facture. On est en terrain connu.

« How the years condemn » nous fait penser à une démo avec cette batterie enregistrée de loin, tel un rush. Un morceau fait pour headbanger ! « Stubborn stains », foutoir au possible, en met partout. « Timeless flogging » reprend le fil plus cousu avec un tempo plus mesuré – enfin, on fait du grind hein quand même.

« Dear slum landlord » est LE morceau slow tempo de l’album, la litanie bien pesante anti capitaliste, suivi par un « Cesspits » qui reprend du poil de la bête. « Bloodless coup » sent son punk à plein nez. On prend vingt ans là ! Quelle vigueur !

« Beyond the pale » nous dessable les oreilles avec les hurlements stridents de Mitch Harris, assez pénible sur la longueur et qui répond aux growls de Barney. « Stunt your growth » poursuit sur la même lancée avec une batterie d’assassin !

Du coup, « Hierarchies » paraît très musical avec son riff qui tourne en boucle et donne envie de remuer du popotin !

Et en bonus, 6 titres plutôt sympas :

« One-Eyed », mid-tempo, « What is Past is Prologue » qui vous envoie sur les roses, « Oh so Pseudo », deuxième morceau au riff juste impeccable, primitif et rentre dedans comme on les aime ; « Adversarial / Copulating Snakes » grind, quoi, suivi par le long (cinq minutes !) « Clouds of Cancer / Victims of Ignorance », mais qui passe tout seul avec ce changement de tempo, même si sursaturé. Et enfin, une reprise d’un groupe inconnu de votre serviteur, « Paracide », qui clôt bien le débat.

Napalm Death ne prend pas une ride, et sait se réinventer dans un genre plutôt bourrin ! Ils restent LA référence du genre et méritent leur statut !

Ah, que de bonheur de voir mes idoles de jeunesse et d’entendre tous ces tubes (J’avais 10 ans lorsqu’on m’a offert mon premier 78 tours de « grand » : Scoundrel Days, leur deuxième album), repris par une foule bigarrée, des quadras accompagnés de leurs parents – ou de leurs enfants ; il faut dire que les reprises et remixes de « Take On Me » qu’on a pu entendre sur Le Monde Secret des Emojis (oui, je sais, ce n’est pas une référence), dans La La Land, Ready Player One ou Deadpool 2 y sont peut-être pour quelque chose 🙂

Thomas Khan, théatre antique de VienneBref avant l’arrivée des norvégiens, Thomas Khan, jeune clermontois prometteur, à la dure tâche de chauffer l’assistance (pas la peine, avec la trentaine de degrés au thermomètre) avec sa soul chaleureuse et intimiste. Chapeau bas l’artiste, seul sur scène, et cela jusqu’au soleil couchant. Beau.

Morten Harket et sa bande auront surtout puisé dans le répertoire pré-2000, avec en vrac « Crying in the Rain » (reprise de Carole King), « Sycamore Leaves », « The Living Daylights » (que l’on retrouve au générique de James Bond: Tuer n’est pas jouer), « Stay on these Roads », « The Blood That Moves the Body », « Cry Wolf », « Manhattan Skyline », « Train of Thought », « The Sun Always Shines on TV » ou « Hunting High and Low » ; et bien sûr « Take on Me » pour clore le spectacle.

A-Ha au théatre antique de VienneSi le claviériste Magne Furuholmen assurera le show, on regrettera la posture plutôt froide du beau Morten (quoique, beau, perso je trouve que Magne a mieux vieilli :)) ainsi que celee du guitariste Paul Waaktar-Savoy. Mais apparemment blessé au dos, ce dernier se contente de jouer assis. Quand au chanteur, il aurait été victime d’une violente migraine (aura-t-on compris ?) Et oui, on n’a plus vingt ans !

Malgré ce côté Benjamin Biolay (que je n’ai jamais vu sur scène hein, c’est une moquerie), la voix est toujours là, et le trio est brillamment accompagné d’un trio à cordes féminin ainsi que d’un batteur, d’un second guitariste et d’un claviériste fou qui enjolivent chaque morceau et apportent une emphase live bienheureuse. Un très bon moment de nostalgie !

En bonus, quelques vidéos sur Youtube (pas de moi)

Melechesh – Enki

Publié: 24 juillet 2018 dans Tympan Heureux
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Melechesh - EnkiCinq longues années à attendre après The Epigenesis (2010) pour avoir des nouvelles du combo israëlo-américain (oui, j’ai mis le temps à l’acheter celui-là). Si la formule reste la même (du blackened death metal aux sonorités orientales, mélopées entêtantes sur fonds vocaux stridents), quelques nouveautés en cette année 2015 avec des duos, et pas n’importe lesquels s’il vous plaît ! Petite visite guidée :

« Tempest Temper Enlil Enraged » ouvre la boîte de Pandore avec une intro toute en tension, qui n’est pas sans rappeler celle de « Ghouls of Nineveh » sur le précédent opus, qui, elle était plus « heavy », plus pesante. Six minutes de martelage pour un titre pas facile d’approche à la première écoute. « The Pendulum Speaks », ralentit un poil le tempo, quand « Grand Gathas of Baal Sin » l’accélérait sur The Epigenesis. Choeur et légion d’esprits malins se répondent sur ce titre.
« Lost Tribes » voit les hurlements de djinn d’Ashmedi accompagnés par un Max Cavalera (ex-Sepultura, Soulfly, Cavalera Conspiracy) identifiable au premier growl. Lui, dès qu’il entend le mot « tribe », faut qu’il ramène sa glotte. Sa bastonne grave entre ces tribus perdues.
« Multiple Truths » et sa ritournelle assassine enchaîne sur un « Enki – Divine Nature Awoken » plus posé, sur lequel Sakis Tolis (Rotting Christ) vient prêter main forte. Un mid-tempo bienvenu, quand « Metatron and Man » remet le couvert de la double-pédale martyrisée.
On ne décernera pas la palme à « The Palm the Eye and Lapis Lazuli », mais son départ en douceur et son prix plus rock’n roll équilibre un peu le tout.
« Doorways to Irkala » est un instrumental arrivant à point nommé (enfin, huit minutes quand même !) pour respirer avant le grand final, « The Outsiders » et ses douze minutes. Emphatique et grandiloquent, une conclusion d’un fort bel acabit.

Il est toujours bon de pouvoir compter sur des valeurs sûres, et Melechesh en est une, même si globalement le groupe n’opère que peu de changement d’un album à l’autre. Donc au final, une fois tous les cinq ans, hein…

 

Zeal & Ardor – Stranger Fruit

Publié: 18 juillet 2018 dans Tympan Heureux

Zeal & Ardor - Stranger FruitEnfin un album qui fout les poils ! Après son EP Devil is Fine sorti en 2016 et acclamé par la presse, Manuel Gagneux sort le groupe de poche et un album « d’avant-garde metal » (étiquette, faute de mieux), une musique mêlant gospel, blues et riffs black metal, voire électro (et bien oui, pourquoi pas, allons-y gaiement !).

Une intro donne le ton, et fait penser à « Po’Lazarus » sur la BO de O’Brother Were Art Thou ? avant d’annoncer l’ambiance black. « Gravedigger’s Chant » donne le ton : un gospel sombre, un son saturé ; suivi par un « Servants » efficace en diable et son refrain qui attaque. « Don’t You Dare » rythmé en diable précède un « Fire of Motion » torturé et résolument black. « The Hermit » fait la pause bien méritée avant la seconde partie de l’album : « Row Row » swingue, « Ship on Fire » donne envie de crier « Allelujah », « Waste » reprend le côté écrasement de « Fire of Motion », « You Ain’t Coming Back », tout sucre tout miel cache un coeur noir ; « The Fool » paraît un poil déplacé dans ce marasme avec son côté bontempi ; « We Can’t Be Found » remet le couvert, et tape du poing. Vient le titre éponyme, « Stranger Fruit », ressemble à une oraison funèbre quand le duo « Solve » (morceau électro qui fait penser à « The Fool ») / « Coagula » (qui pourrait être du Ghost en plus grave) annonce le final « Built on Ashes » et ce son saturé sur vocaux clairs conclut un album efficace et un poil extra-terrestre.

La question se pose : Zeal & Ardor pourra-t-il poursuivre dans la même voie sur la longueur ? En effet, on se rend vite compte que les compositions reposent sur deux schémas : des bluettes électro ou des morceaux de blues / gospel avec passages criés. Si les compositions sont efficaces, on risque de tourner en rond au bout de trois albums…