Sleeping Beauties

Publié: 5 mars 2019 dans Au gré des lectures
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d’Owen King & Stephen King.

Un roman « à la King », sans grande surprise, malgré la promesse d’un duo explosif. Personnellement : Trop de personnages, parfois trop caricaturaux, et, sous des dehors féministes, c’est malgré tout encore un homme qui « sauve le monde » (mais, d’accord, pas tout seul).

Une curieuse épidémie, coïncidant avec l’arrivée d’une mystérieuse Eva dans la petite ville de Dooling, touche les femmes du monde entier : elles s’endorment, protégées par un cocon ; et si on tente de les réveiller, elles entrent dans une rage meurtrière.

Le propos (« Que deviendrait un monde sans femme ? ») est loin du « no woman, no cry » de Bob Marley. Au contraire, les hommes (les vrais, les machos avec du poil sur les bras) laissent libre court à leur mysoginie ; quant aux autres, ils deviennent des sortes de preux chevaliers au crédit des Belles au Bois Dormant.

Au-delà de cette trame scénaristique, d’autres drames se tissent, notamment autour du « héros » Clinton Norcros, et dans l’enceinte de la prison pour femmes. Certaines « sous-trames » paraissent superfétatoires et embrouillent le fil conducteur – bien qu’elles soient censées renforcer le côté « bon samaritain » du protagoniste. Mais justement, à trop en faire, le personnage perd en crédibilité. On aurait préféré qu’il soit « juste un homme »…

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Myrkur – M

Publié: 28 février 2019 dans Tympan Heureux
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N’en déplaise aux puristes du trve black, Amalie Bruun fait du black. Si Niklas Kvarforth (Shining) est connu pour être l’incube qui enfante la dépression, Myrkur est la sorcière tapie au fond des bois, à la fois vouivre ensorceleuse et harpie vengeresse.

Et ce n’est pas Teloch (Mayhem) qui contredira ce constat, lui qui accompagne celle qui fait penser à un mix entre Beth Gibbons (Portishead) et Julie Christmas (Made Out Of Babies, Battle of Mice).

Le titre « Skøgen skulle dø » (The whore had to die) ouvre le bal tout en douceur avec des nappes plus sombres, telles les trompettes de Jericho, voix éthérées ponctuées de hurlements et d’effets sonores plutôt flippant ; « Hævnen » (The revenge), plus basique musicalement, laisse Amalize hurler sa rage sur des riffs noirs de chez noirs. « Onde børn » (Evil kids), plus rock, laisse la jeune fille côtoyer les anges…

« Vølvens spådom » (Prophecy of the Völva), qui raconte la création du monde dans la saga nordique, marche sur les plates-bandes d’Enya : dans le plus appareil vocal, avec des échos de cathédrale, Amalie conte en danois. « Jeg er guden, i er tjenerne » (I am God, you are the servants) ne sait sur quel pied danser et offre sur le lit incandescent d’un volcan en éruption des vocaux adoucis et lancinants. « Nordlys » (Northern light), voix, piano, sans parole, tout est dit.

« Mordet » (The murder), deuxième vrai gros coup de pied black de l’album, suivi de la comptine « Byssan lull » qui, je pense, est plus primesautière dans la version originale. Comme quoi une simple note de piano peut tout changer ! « Dybt i skoven » (Deep in the forest) retourne à son côté alternatif, quand « Skaði » (une déesse chasseresse si j’ai bien tout compris, mais dans les saga nordiques, tout n’est pas rose) tatane sévère, pour s’assagir sur le second tiers et finir comme il a commencé. L’album se clot sur « Norn », douceur instrumentale.

Si le côté bipolaire de la vocaliste peut laisser pantois, et si la production aurait mérité d’être un poil plus léchée (le problème des premiers albums…). L’essai sera transformé en 2017 avec Mareridt. il est sûr que Myrkur fera parler d’elle dans le milieu du métal. Alors, avant-garde, post-black, ambient black ? Inclassable, le groupe saura affirmer son style.

Rotting Christ – The Heretics

Publié: 26 février 2019 dans Tympan Heureux

On l’attendait, la suite de Rituals. Après le tour du monde païen de Rituals et Kata Ton Daimona Eaytoy, la bande à Sakis Tolis continue son petit bonhomme de chemin, plus philosophique à en croire les citations de Dostoyevksy, Shakespeare, John Milton ou encore Voltaire ; mais toujours dans le regard critique d’un catholicisme plus que jamais mis à mal ; et sans dénoncer, mais plutôt en jouant sur les clichés : guerres des religions (« In the Name of God »), bûchers purificateurs (« Heaven & Hell & Fire »), faux prophète (« The New Messiah »)… Tempo plus lent sur « Hallowed be thy Name », vite repris par le martial « Dies Irae ».

« I Believe », titre dans la langue maternelle du combo hellénique, sous forme de nappe sonore par-dessus laquelle la voix de Sakis scande un texte que je ne pourrais vous répéter. Heureusement « Fire, God & Fear » nous offre une légère respiration avant de partir sur un tube, qu’on attend de voir sur scène ! « The Voice of the Universe », titre partagé avec Ashmedi de Melechesh qui, pour une fois, ne hurle pas, ne prête pas à rire.

« The Raven », d’après la nouvelle d’Edgar Poe, moitié spoken word, moitié phrasé à la Sakis, sonne comme un final, et « The Sons of Hell » comme un bonus track.

The Heretics est une messe noire, ponctuée de choeurs féminins et de litanies assommantes, ponctuant l’anglais de latin, russe, grec, arabe. Point de riffs trop complexes, des structures musicales identifiables et répétables à l’envi. Si musicalement on reste dans la lignée du prédécesseur (n’allons pas chercher la complexité des paroles, on est dans du métal qui parle aux tripes), l’album s’écoute sans déplaisir, et fait du bien par où il passe.

Eric Powell a délégué le trait à Stephanie Buscema pour ce second tome des aventures de Lula, petite fille à barbe d’un cirque miteux qui s’est liée d’amitié avec une étrange créature qu’elle a affectueusement dénommée Chimichanga (d’après un fameux sandwich mexicain), est poursuivie par une sorcière aux flatulences nauséabondes et le CEO d’une industrie pharmaceutique avide de nouvelles recettes de placebo. L’illustratrice n’est pas la première venue car petite fille du mythique John Buscema qui s’est illustré durant l’Age d’Or des comics (Marvel notamment, mais aussi Conan le Barbare). Son trait gothique et enfantin (à Stephanie, hein, pas à John) se prête bien à l’univers déjanté d’Eric Powell (à qui l’on doit des oeuvres plus adultes mais tout aussi absurdes comme The Goon, Hillbilly ou la sombre histoire de Big Man’s Plan. Par certains côtés on retrouve le délire psychédélique d’un Bill Wray.

L’histoire, donc. Lula un jour tombe nez à nez avec l’enfant le plus laid du monde, si laid qu’il s’est laissé pousser les cheveux à la manière d’un cousin Machin. Aigri, rejeté par la population locale (très redneck et pleine de préjugés), la jeune fille sera entraînée dans des péripéties qui la mèneront à rencontrer des fantômes, la sorcière Dagmar, et des péquenots plus remontés les uns que les autres.

Malgré les dessins et l’héroïne trop choupinette, l’humour abscons pourrait dérouter un public trop jeune. A réserver aux young adults (ou adulescents) et aux adultes avides de régression.

A Pale Tour Named Death

Publié: 5 février 2019 dans Concerts & Spectacles
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C’est dans une Halle Tony Garnier étonnamment bondée pour ce genre de concert que l’on va retrouver Tobias Forge et ses Ghouls.

Alors que vrombit la basse de Leif Edling, Candlemass ouvre ce bal de la décadence avec son heavy doom de facture classique, quoiqu’un peu linéaire. Johan Längqvist en fait des tonnes et a, apparemment vieilli – s’arrêtant à chaque titre pour s’humecter le gosier. Les titres s’enchaînent sans déplaisir mais sans non lus soulever les coeurs. On appréciera le « Solitude » de clôture.

Le temps de la mise en place du décor faste et pompeux, à l’image de la musique de Ghost, et les musiciens débarquent, ces anonymes goules en costume cintré noir et masque argenté pour deux heures de rock occulte et satanique, qui pourraient passer pour de tendres bluettes à qui ne maîtrise pas la langue de Shakespeare… « Rats » ouvre le bal et les titres / tubes s’enchaînent, entre deux changements de costumes du Cardinal Copia, battle des talentueux guitaristes et solo impromptu de saxo d’un pape zombi sous assistance respiratoire (?!), de « Life Eternal » à « Mummy Dust » en passant par « Per Aspera ad Inferi », piochant allègrement dans la malgré tout courte discographie du groupe suédois, de Opus Eponymous à Prequelle, le groupe parvient à faire hurler « Hail Satan » à une foule bigarrée, de la ménagère de plus de cinquante ans à l’étudiante prépubère en passant par le bon père de famille accompagné de sa progéniture. Si ça c’est pas métal !

On appréciera aussi la gouaille de Tobias Forge qui, s’il défraie les chroniques financières, n’en est pas moins un homme de scène !

Cytotoxin – Gammageddon

Publié: 20 janvier 2019 dans Tympan Heureux

Après un Radiophobia qui m’avait réconcilié avec le genre brutal death (quoi que je n’ai jamais été réellement fâché, juste un peu dubitatif sur les excès gutturaux de certains officiants) et surtout une prestation scénique au Hell Over Europe II Tour tout en douceur :), je ne pouvais que m’approprier leur dernier méfait en date, dans la droite lignée de ses prédécesseurs : blasts, growl, pig squeal et radiations.

Les hostilités démarrent avec un « Radiatus Generis » sans fioriture et sans temps mort, suivi d’un « Chaos Cascade » dans la même veine : on ne laisse pas le temps à l’auditeur de reprendre son souffle. Le titre éponyme assène aussi sa trombe de percus et de blasts.

« Chernopolis », ralentit d’un poil le propos, sans l’adoucir pour autant, avant le « sketch » « Deadzone Outpost ». « Redefing Zenith » voit apparaître en guest star Sven de Caluwe le growler des flamands d’Aborted pour un titre bien pesant. « Corium Era », un titre sur lequel je n’aurai rien à dire précède le duo Julien Truchan de Benighted sur « Anitgenesis » ou Grimo grogne à tout va.

« Outearthed », préquelle à la conclusion « Sector Zero » et son intro grogné « Harvesting Hope in a World for the Hopeless Ones ! » suivi d’un phrasé rap étonnant, du pig squeal de for bon aloi, des grognements, etc. Une sorte de best of de tout ce que sait faire le groupe. Quant à « Sector Zero », c’est un instru de deux minutes, comme un générique de fin pour un album qui nous aura laissé le souffle coupé.

Alors bien sûr, on ne va pas chercher la finesse d’écriture ou l’onctuosité des riffs délicatement superposés. On est ici dans l’efficacité, la rapidité d’exécution et l’appel au cortex reptilien. Pour cela on n’est pas déçu. On sent une évolution par rapport à son prédécesseur, qui bien que tout jeune, montrait une certaine maturité dans la précision. Une certaine linéarité dans les premiers titres, balayée par les suivants et rafraîchie par les collaborations. Lorgnant parfois vers le technical death metal, les allemands de Cytotoxin restent des animaux qu’il ne faut pas bousculer 🙂 On regrettera juste les illustrations du livret qui ressemblent à ces démos de 3D Studio ou aux premiers FPS de notre enfance…

Signal d’alerte

Publié: 17 janvier 2019 dans Au gré des lectures
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de Neil Gaiman.

J’avais quitté Neil à la fin de l’Océan au bout du chemin, enchanté, merci d’être venu. Avec Signal d’Alerte, l’auteur du Sandman l’anglais nous propose vingt-cinq nouvelles flirtant avec l’onirique, le fantastique… ou pas. En prose ou en vers, Neil Gaiman nous étonne toujours par la qualité de son écriture. Après une introduction particulièrement détaillée sur l’origine des nouvelles de ce recueil, tout commence avec « Monter un siège », parabole curieuse de l’écrivain. Des nouvelles sombres frisant l’horreur, telles « Le labyrinthe lunaire », « Ma dernière logeuse » ou « Clic-clac, le sac qui claque » côtoient des curiosités telles « Le retour du mince duc blanc » (en hommage à Bowie), « Nulle Heure Pile » (Dr Who) ou « L’Affaire de la Mort et du Miel » (Sherlock Holmes) et des contes de fées détournés (« Perles et diamants : un conte de fées », « Un respect des convenances », « La dormeuse et le rouet). Bref, un voyage dans les univers du prolifique auteur.

On pourra être interloqué par certaines nouvelles, mais déçu, rarement.