Cytotoxin – Radiophobia

Publié: 21 novembre 2018 dans Tympan Heureux
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Découvert en ouverture du festival Hell Over Europe II, ce groupe originaire d’Allemagne a créé le sous-genre « Chernobyl Metal ». Comprenez un bon gros brutal death metal ayant pour thématique l’accident de Tchernobyl en 1986.

Un album court (moins de 40 minutes pour 10 titres), excessif, mais qui évite la linéarité en proposant des titres rentre-dedans avec des changements de rythmique toutes les deux minutes.

« Survival Matrix » nous plonge dans le bain avec un jeu de guitare ultra-rapide, un growl des cavernes et un pig squeal juste hallucinant. « Ionosphere » se veut encore plus excessif, plus rapide, plus porcin aussi ; « Frontier of Perception », constitué pour majeure partie de borborygmes sur un mid-tempo glauque au possible, laisse pantois, pour remettre le couvert juste derrière. « Radiophobia », qui donne son nom à l’album, est un syndrome lié à la peur des radiations. Paf! Blasts, gruik entre deux couplets caverneux, t’y es là ?

« Dead Zone Walkthrough » est une parenthèse sonore digne de Fallout ou Metro 2033, et repose les esgourdes avant de reprendre avec « The Red Forest », suivi de « Heirs of the Downfall ». « Fallout Progeny » commence par une descente de toms qui remue les entrailles.

L’album se termine sur « Abysm Nucleus », morceau plus death tradi, plus lent, avec arpèges en tous genre, une mélodie qui ne serait pas sans rappeler un morceau classique (mais alors, lequel…) qui conclue fort heureusement l’album, avant « Prypjat », un instru qui rappelle ces outro que l’on trouve parfois sur les albums de black metal.

On appréciera que pour la plupart des titres, le groupe ait pris la peine d’expliquer l’intention et le motif. Et la méchante baffe que l’on aura pris à l’écoute de la galette !

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Benighted – Identisick

Publié: 13 novembre 2018 dans Tympan Heureux

Stéphanois bruyants depuis plus de 20 ans, Benighted assène avec une certaine régularité un brutal death des familles mâtiné de diverses influences hardcore et grind, efficace et construit. S’inspirant de son expérience professionnelle d’infirmier psychiatrique, Julien Truchan explore les psychoses et les terreurs les plus profondes.

Ce quatrième album d’autant plus, ne serait-ce que la pochette avec cet infirmier macabre, et les titres qui le compose (« Identisick », « Sex-addicted », « Blind to The World »…)

« Nemesis » qui ouvre l’album met tout de suite à l’aise. Ca va faire mal. Et même si « Collapse » ouvre sur des rires d’enfants, c’est une tromperie. On va aller encore plus fort, plus vite. « Identisick » aura beau être chanté en français, ça ne fait pas grande différence. On appréciera les envolées guitaresques et les changements de rythmes qui ponctuent le morceau éponyme. « Sex-addicted » voit le chanteur de Dew-Scented accompagner le vocaliste attitré.

« Mourning Affliction » traite des personnalités multiples et possède une certaine tension au départ, qui disparait au deuxième tiers (vers 02’15) du morceau avec ce tranchage en règle à la basse. Rien de spécial sur « The Twins », suivi par « Ransack the Soul » assez punk, avec un grunt très porcin et un final en sprint à tout casser. « Blind to The World », intéressant au niveau des riffs ; « Spiritual Manslaughter », deuxième titre en français – c’est rigolo on arrive à choper un mot ici et là, au tempo plus lent (ouais, bon, c’est pas du doom non plus hein) nous amène à « Iscarioth », le morceau hardcore qui clôt cet album.

La reprise de « Suffer the Children » de Napalm Death est assez anecdotique tant elle est encore plus compressée que l’originale.

On appréciera dans le DVD bonus les deux extraits de concert de 2004 et 2005 – et je peux vous dire qu’en 13 ans, le Juju a fait de sacré progrès en growl !

On remarquera que les structures musicales, même si elles respectent le format couplet / refrain, se foutent des pieds (au Q). On ne cherche pas ici à faire des rimes ou des alexandrins…

Alors, oui, on pourra reprocher au genre l’inintelligibilité des propos tant le growl de Julien est profond. Donc, les gars, pas la peine d’écrire des tartines hein ! Mais il faut voir la voix ici comme une rythmique plutôt qu’un instrument porteur de sens. Oui, et en même temps, un instrument qui joue fort et saturé. Pas le genre d’album à écouter en épluchant les légumes.

En cette soirée de commémoration de l’armistice, le CCO accueillait une belle brochette de gutturaux. Clair qu’ils n’étaient pas ici pour beurrer des tartines. Alors j’avoue que j’étais venu d’abord pour Cryptopsy qui est un groupe que je suis depuis Once Was Not (2005), mais c’est toujours un plaisir de découvrir sur scène des groupes qui ont une certaine notoriété et que j’ai pu découvrir au fil des samplers de magazines de la presse spécialisée

Les hostilités sont ouvertes par Cytotoxin, un groupe teuton de brutal death metal, voire de « chernobyl death metal » comme ils le disent – pour situer la thématique. « Grimo » arrive sur scène avec son masque à gaz et son bidon de produits toxiques avant de nous asséner growls et pig squeals qui annoncent la couleur. C’est technique, c’est basique, c’est barré, et pour un groupe de chauffe, il aura réussi à poser l’ambiance dès le départ : headbanging et circle pit à tous les étages. Le chanteur (appelons-le comme cela) met le feu, communiquant et sympathique. C’est gagné. Alors, on se fout des paroles, hein, c’est l’énergie qui prime. Et l’amitié franco-allemande ! Avec seulement trois albums à leur actif, parions qu’ils n’ont pas fini de faire parler d’eux.

La salle était prête pour l’arrivée des stéphanois de Benighted. Pas de derby ce soir, le quatuor est accueilli comme enfants du pays. Julien Truchan (c’est fou comme il ressemble au chanteur ) comme chez lui, c’est mosh, donc c’est bien. La foule en délire reprendra les tubes du groupe en piochant tout au long de leur discographie (20 ans d’existence !) et dans leur nouvel EP, Dogs Always Bite Harder than Their Master. Au vu de l’énergie prodiguée par l’assistance, on se demande ce qu’il restera pour les deux groupes suivants !

Vient enfin le moment que j’attendais : les montréalais de Cryptopsy et son frontman Matt McGachy, le ‘talleux le plus chevelu qu’il m’ait été donné de rencontré. Un groupe toujours technique, brutal, mais timide au final, qui n’aura recueilli qu’un faible enthousiasme de la part de l’assistance – enfin, faible, c’était pas non plus morne hein. J’avoue que je n’aurai reconnu aucun morceau, (il faut dire que s’ils ont pioché dans les trois derniers, Cryptopsy et les deux EP The Book of Suffering, je ne les ai pas forcément encore bien « absorbés »). Occasion m’aura cependant été donné de discuter un peu avec le chanteur.

Pour clore ce festival, le clou du spectacle, les flamands d’Aborted et son frontman agressif – et francophone ; ses squelettes sanguinolents et son fond de scène à l’effigie du dernier album, TerrorVision. la fanbase bien présente, les fumigène et la moiteur de la salle combleront l’ambiance, les duo surprises avec Julien Truchan (Benighted) et Grimo (Cytotoxin) apporteront la petite touche de fantaise à ce summum de brutalité pour une soirée bien chargée en énergie.

Bon, j’avoue, 4 heures de brutal death metal, c’est long. Mais quel plaisir d’être témoin – et de vivre – ce partage entre un groupe et son public, sans barrière, sans sécurité intrusive – et sans débordement, juste un moment de fun.

Behemoth – I Love You At Your Darkest

Publié: 2 novembre 2018 dans News
Behemoth - I Love You at Your Darkest

Il aura fallu quatre ans à Nergal pour sortir le successeur du grandiose The Satanist. Quatre ans pendant lesquels il aura ouvert son salon de barbier en Pologne, joué dans The Curse of Valburga, une comédie noire aux côtés notamment de Niklas Kvarforth (Shining). Verdict ? L’œuvre est à l’image de sa grande soeur, un petit bijou de blackened death metal.

Alors, oui, bon, le côté « Les catholiques sont des hypocrites et je rejette en masse le dogme » prête à sourire, mais on n’est pas là pour entrer dans le débat idéologique, ni pour enfiler des perles. Entre « Solve » et « Coagvla » (pour la petite anecdote, cette formule était utilisée en alchimie pour désigner le principe de dissolutions / évaporations successives afin d’éliminer les impuretés, et au sens plus ésotérique, la déstructuration / la purification de l’esprit), « Wolves ov Siberia » nous mène au vif du sujet avec son côté martial.

« God = dog », aux abords plus softs, est aussi plus diversifié dans sa rythmique et reprend le choeur enfantin de l’intro « Solve » : « I shall not forgive ». « Ecclesia Diabolica Catholica » a un côté plus sombre (oui, c’est possible) qui se permet même un final en arpège qui réchauffe un peu l’ambiance. « Bartzabel », en hommage au dieu Mars paraît plus proche d’un psaume que d’un single.

On enchaîne avec « If Crucifixion Was Not Enough… » et « Angelvs XIII » qui nous met bien les nerfs. « Sabbath Mater » fige l’ambiance dans le gros tube « horns up », quand « Havohej Pantocrator », le plus long morceau de l’album, pourrait passer pour du Moonspell,

« Rom 5:8 » semble reprendre le riff de son prédécesseur, tiens, oui ? Mais avec une rythmique un peu différente.

Et pour clore l’album, « We Are the Next 1000 Years » pourrait être l’hymne de l’album ; et « Coagvla » (oui, il aime bien remplacer les « u » par des « v ») clôt sur un instrumental épique cet album qui aura quand même du mal à faire de l’ombre à son prédécesseur.

Alors, oui, la recette est plus ou moins la même (du gros riff, du growl, des choeurs sataniques) que le précédent album, peut être un peu plus rentre dedans, mais c’est diablement (ah ah) efficace !) Et ça mérite d’être vu en live ça madame !

Lilith Guégamian - Au Milieu de l'Immensité

Ce troisième album de Lilith Guégamian se décline autour de deux axes : l’amour de son pays natal, l’Arménie – une Arménie des souvenirs, folklorique et nostalgique, et l’Amour – ou plutôt l’Amour perdu. Mêlant chansons traditionnelles (« Anoush Garoun » en ouverture, annonçant le printemps, un renouveau ? « Hov Arek » pour ne citer qu’elles) et compositions en français (« Et si c’était une illusion ? », « Presque rien », « Lorsque nous étions nous ») intimistes et très personnelles, Lilith livre des morceaux ciselés et se livre par la même occasion. Peu de choses au fond, une guitare, une voix, et la magie opère. L’œuvre est chaleureuse, elle invite à l’écoute et au face à face auditif.

Il aura fallu 8 ans à Lilith pour réaliser ce troisième opus, comme un pansement à ses blessures intimes, un partage tout en émotion.

On espère un prochain album un poil plus gai cependant !

Obituary – Obituary

Publié: 11 septembre 2018 dans Tympan Heureux
Obituary - Obituary

Ce qui est bien avec Obituary, c’est qu’on n’est pas dépaysé. Dès les premiers feulement de John Tardy, on est dans le bain.

« Brave » démarre les hostilités dans de bons gros riffs classiques. Rien de bien nouveau, mais le groupe montre qu’après vingt ans d’existence, ils n’ont rien perdu de leur hargne et de leur puissance. Allez les petits jeunes, remballez ! « Sentence Day » donne dans le même ton. « A Lesson In Vengeance » ralentit un peu le tempo avec des riffs old school bonnards. « End It Now » écrase les ratons laveurs sur l’autoroute. Fuck Off !

« Kneel Before Me » change la donne, me faisant penser à du Deicide. « It Lives » plus sombre, un brin down tempo, est accompagné par un « Betrayed » fait presque hard rock du coup. »Turned To Stone » reste dans le corps gras, bien massif ; « Straight To Hell » passerait bien en néo métal. Quant à « Ten Thousand Ways To Die », il clôt l’album honorablement, sans casser trois pattes à un canard manchot.

Obituary ne prend pas de risque avec ce 10e album, et en même temps, ce n’est pas ce qu’on leur demande !

Electric Wizard - Wizard Bloody WizardAprès un Time to Die (2014) puissant et monolithique, vrombissant et bouillonnant, revoilà les magiciens électriques menés par Jus Osborne avec l’album le plus court de leur discographie, mais toujours aussi intense.

Le son paraîtra plus vintage, moins noyé, moins fumeux ; On lorgnera plus du côté de Pentagram pour les similitudes sonoristiques. La pochette quant à elle est volontairement provocatrice et condense les deux mamelles du métal : sex & violence (même si, ça se trouve, c’est du ketchup).

« See You in Hell » ouvre les hostilités, qui n’est pas sans rappeler le « Burn in Hell » de Reverend Bizarre sur In the Rectory of the Bizarre Reverend (2004) en un poil plus rapide ; « Necromania » fait penser par certains côté à du Monster Magnet, pour son côté très rock’n roll. « Hear the Sirens Scream » et son riff lancinant vous entraîne pour plus de huit minutes de stoner laminé.

« The Reaper », plus sombre, avec son synthé d’église, morceau le plus court aussi, apporte une touche plus true doom. « Wicked Caresses » apparaît alors, langoureux, lourd, vicieux, comme on l’aime, avant « Mourning of the Magicians » qui clôt l’album, reprenant dans son refrain « I’ll see you in Hell » sur onze minutes de martelage païen.

Electric Wizard fait se qu’il sait faire, sans surprise, mais sans grosse déception non plus. Réverb’, son saturé, on est en terrain connu. Un stoner doom intemporel ; après, depuis le split de Reverend Bizarre, hein, on se rattrape comme on peut !