Archives de la catégorie ‘Les veilles de Kâlî’

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Publié: 18 septembre 2014 dans Les veilles de Kâlî
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Un lourd silence entoure la mystérieuse maladie qui affecte le club de football de Crouch End. Lennon Graves enquête.


De retour à l’hôtel où il logeait, il fut interpellé par la réceptionniste qui lui remit un pli à son intention. Pas d’expéditeur. La lettre avait été déposée par un coursier quelconque. Une fois dans sa chambre, le détective décacheta le courrier. A l’intérieur, trois coupures de journaux divers. Un article du Samaja en sanskrit, une petite annonce pour l’antenne locale d’entr’aide et d’écoute, parue dans This Is Local London et enfin une photo de l’équipe des Vampires datant de l’année précédente. Perplexe, Lennon commença par tenter d’interpréter l’article hindi en s’aidant de son scanner portatif et d’un traducteur universel à reconnaissance de caractères. Il y était question d’une cérémonie en l’honneur de Kâlî, une procession colorée et bruyante qui attirait des milliers de pèlerins des villages de l’état d’Odisha. La photo illustrant l’article exposait une débauche d’ocre et de carmin. Une célébration de la renaissance perpétuelle de l’univers et du commencement de toute chose. Un bœuf sacré, paré de colliers de fleurs odorantes et aux cornes d’or était égorgé puis immolé en son honneur, et la myriade de fidèles était aspergé du sang de la bête par le sacrificateur, s’imprégnant des fumigations. Certains fanatiques se lacéraient les joues et laissaient des larmes de sang perler sur leur paijamas en corolles écarlates.

L’annonce était ainsi libellée : « Trop de questions ? De doutes ? Porte ouverte à l’écoute, des réponses. Et l’apaisement. Bell Z. Bob, P.O.D. »

Pris d’une soudaine illumination, Lennon compara la photo du magazine londonien à celle du journal indien. Le jeune garçon qui faisait partie du cortège de tête, portant fièrement l’autel de Kâlî. Pas de doute. C’était Rajh.

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Publié: 5 juin 2013 dans Les veilles de Kâlî
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Lennon Graves est arrivé à Londres pour enquêter sur mal mystérieux qui décime un petit club de football.


Rudy Korrigan, l’actuel entraîneur de l’équipe passablement décimée, avait la mine défaite. Après l’annonce du décès de son meilleur défenseur et l’autre moitié de l’effectif à l’agonie, il voyait d’un très mauvais œil l’avenir du championnat. Les remplaçants, pleins de bonne volonté, ne valaient pas Rajh, Nicky, Winston et les autres. Bien sûr, c’était aussi une tragédie humaine, le reconnut-il presque à contrecœur. De braves garçons avec ça, jamais en retard, même Rajh – parce que bon, on sait ce qu’ils valent hein, ces indiens, mais là non, un bon gars, motivé et tout.
Non, il ne se souvenait de rien de particulier d’avant l’épidémie, mais peut-être qu’en interrogeant Brad Storage, le gardien de but qui était toujours à traîner avec eux et qui miraculeusement semblait immunisé au virus, le détective aurait des indices supplémentaires ?
Brad Storage, un solide gaillard d’une vingtaine d’années avait les yeux rivés sur l’action qui se déroulait à une trentaine de mètres de lui. Lorsque la frappe de l’attaquant envoya le ballon en direction des buts qu’il défendait, il parut s’envoler et captura le projectile d’une main sûre. Lennon se dirigea vers lui, se présentant, comme il le fit avec l’entraîneur, comme un détective privé en charge d’une enquête parallèle sur le drame qui touchait le football club des vampires de Crouch End.
– Vous connaissiez bien les victimes ?
– On se connaît depuis toujours quasiment, on a grandi dans le même quartier et nos parents nous ont inscrit au club en même temps ; je suis même sorti avec la sœur de Rajh pendant un temps.
– Avez-vous remarqué quelque chose d’anormal, de différent juste avant que vos amis ne tombent malades ?
– Non… Enfin, Rajh était revenu d’un voyage dans le village de ses parents, en Inde… Attendez… Ah oui, Puranakatak, on en avait rigolé avec les copains, on aurait dit un mauvais jeu de mots . Et puis…
– Oui ?
– Non, rien…
Lennon sentait le jeune hésitant, mais qu’à trop le pousser il se refermerait définitivement. Il lui laissa donc simplement sa carte avec le nom de l’hôtel dans lequel il était descendu et lui lança simplement l’avertissement qu’une victime était déjà à déplorer et qu’il espérait que ses amis se remettraient rapidement.

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Publié: 9 mai 2013 dans Les veilles de Kâlî
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Lennon Graves est le héros de deux nouvelles : La Tentation parue dans Petites Frayeurs et Soeur de sang présente dans l’anthologie du gr746 Légendaire Svetlana et dans mon second recueil Champs du Possible (recueils disponibles sur Lulu.com et TheBookEdition.com). De son ancien patronyme Raynald Silvermann, il était prêtre dans une paisible bourgade anglo-saxonne jusqu’au jour ou l’amour d’une femme a ébranlé sa Foi et provoqué sa chute. Désormais la proie des forces du Bien et du Mal qui veulent le rallier à sa cause, il a décidé de déjouer les complots ourdis par le Très-Haut comme par le Seigneur des Enfers qui utilisent les mortels tels des pantins dans leur guerre des âmes. Cette aventure se situe après la tentation et avant soeur de sang.


Harassé, Lennon Graves s’affala sur le sofa fatigué qui ornait le salon du Roseview Hotel. Trois nuits passées à épier, attentif aux subtiles modifications spirites, suivre des pistes fantômes, sans résultat probant. Pourtant son intuition était ferme que quelque chose se tramait dans ce paisible quartier londonien.

Il avait visité les trois églises les plus proches du Crouch End Vampires Football Club sans succès. L’Eglise des Saints des Derniers Jours, la London North Chapel, même la petite paroisse de Saint-Pierre le Poer, ces édifices ne recelaient aucune aura de maléfice quelconque. La trame de piété de ces bâtisses était usée et Dieu même semblait se désintéresser des quelques dévots qui déambulaient entre les cierges dégoulinants.

Il se glissa vers le bar et demanda une Guinness. Tout en sirotant l’épais breuvage, il se remémora le pressentiment qui l’avait traversé à la lecture d’un article de journal, il y avait deux semaines de cela, lors de son séjour à l’hôpital de Pérouse en Italie, se remettant avec difficultés de son affrontement avec un avatar de Mammon. La chronique parlait d’un virus qui semblait s’être abattu sur les joueurs de l’équipe de football d’un petit club local du nord de Londres appelé le Crouch End Vampires FC. Déjà six joueurs en l’espace de quelques jours s’étaient retrouvés avec des symptômes similaires, apathie, manque d’appétit, diminution du volume globulaire moyen, qui semblaient désigner une forme de mononucléose infectieuse. Le journaliste évoquait en raillant la présence d’un vampire chez les vampires. Mais l’ancien prêtre avait depuis quelques temps découvert chez lui une sorte de pouvoir d’empathie et de communication extrasensorielle qui lui permettaient de détecter parfois une présence supranaturelle. Son combat perpétuel contre les Forces Obscures aussi bien que les Gardiens de la Lumière qui manipulaient les mortels tels des pantins. Perpétuellement tiraillé entre les deux camps, il avait décidé de rester neutre et de combattre ces Marionnettistes de l’Univers au nom du libre arbitre, même si en son for intérieur, il savait que tout cela provenait de son désir de vengeance quant à la perte de tout ce qui lui avait été cher : son premier et dernier amour, Crystal, ses repères, son aveuglement au final qu’il enviait parfois à ses congénères. Chacun portait ces œillères qui lui permettait d’ignorer ces luttes intestines et qui dépassaient l’entendement humain.

Il avait donc pris le premier avion pour Londres et depuis ne cessait nuit et jour d’arpenter les ruelles et parc du quartier, en cercles concentriques, afin de détecter l’éventuelle présence, être ou entité qui se nourrissait de l’énergie vitale de ces jeunes gens.

Le quatrième jour, le journal lui apprit que l’un des joueurs malades s’était éteint dans la nuit. Les médecins avaient parlé d’une «  destruction radicale du système immunitaire  » ainsi qu’un taux de globules rouges anormalement bas. Le jeune homme de vingt-deux ans était tombé dans le coma et avait succombé peu après. L’état des cinq autres joueurs s’aggravait d’heure en heure également, et aucun traitement à base de pénicilline ne semblait faire effet. Lennon se décida à prendre contact avec le manager de l’équipe afin de rencontrer les joueurs encore sains.